Lectures du Jour :

Ésaïe 61, 1-11,

Jean 1, 6-8 & 19-28,

1 Thessaloniciens 5, 12-28

Exhortations !

Frères et Sœurs,

Ce matin je vous propose une méditation, sur cette 1° lettre de Paul à l’Église de Thessalonique, que Paul avait fondée, avec ses « lieutenants » : Timothée et Silas (Sylvain), lorsqu’ils ont quitté la ville de Philippes[1]. Cette lettre est le plus ancien texte écrit de ce N.T., puisqu’écrite aux environs de l’an 50, depuis Corinthe où Paul a dû fuir.


Contrairement à l’épitre aux Romains, cette lettre n’est pas un traité de théologie[2], mais un ensemble d’exhortations à cette Église en devenir, qui procure beaucoup de
satisfactions à Paul. Ses exhortations sont donc plutôt des encouragements que des morigénations[3].

Je vais donc essayer de mettre en exergue quelques-unes de ces exhortations :

Je vais donc essayer de mettre en exergue quelques-unes de ces exhortations :

Exhortation 1 : Soutenez vos responsables :

Les actes de Apôtres[4] nous apprennent qu’à Jérusalem, les premiers diacres, au nombre de sept[5], furent choisis pour leur bonne réputation, leur sagesse et leur activité au sein de la communauté, afin de s’occuper des aumônes et de l’aide charitable aux veuves[6] et aux plus démunis de la communauté, afin que personne ne soit dans le dénuement[7]. Ce ne sont pas les 12 qui ont choisi les diacres, mais la communauté, pour assurer ce que nous appelons aujourd’hui la diaconie.

Tout ceci nous rappelle « grosso modo », notre fonctionnement interne actuel, mais il faut relever quelques différences significatives :

* La mise en place des diacres avait pour but de gérer la diaconie, qui était centrale dans les premières communautés, au point que Pierre craignait de ne plus pouvoir se consacrer à la prière et à la proclamation de la Parole, dans un contexte de croissance des communautés, ce qui n’est plus vraiment notre situation aujourd’hui.

* Aujourd’hui, les diacres ont été remplacés par les Conseils Presbytéraux, mais la diaconie a été « externalisée » dans des associations périphériques[8] de sorte que les communautés ecclésiales ne se sentent plus porteuses de cette diaconie et de ses actions.

* Mais dans le même temps nous devons bien reconnaître que nos communautés ecclésiales ne se sont pas pour autant recentrées sur la prière et l’annonce de la Parole hors de nos murs. Car nos communautés, de vote en vote, ont peu à peu délégué ces actions aux Conseillers Presbytéraux, l’esprit de prière, l’amour réciproque, recommandés par Paul, s’édulcorant peu à peu au fil du temps, de sorte que nos églises locales ne sont plus de véritables communautés.

Exhortation 2 : L’attente de la Parousie

Pour les Thessaloniciens, la grande question du moment était le retour de Jésus, qu’il avait lui-même annoncé : ce jour et cette heure, nul ne les connaît, …sinon le Père, et lui seul…Voilà pourquoi, vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ignorez que le Fils de l’homme va venir.[9] Et toutes les communautés récemment créées par Paul étaient persuadées (et lui également) que Jésus « reviendrait » de leur vivant. Où, quand, comment, tel était leur grande source d’angoisse, accentuée par la question du devenir de ceux qui seraient décédés avant son retour.

D’où les comportements dénoncés par Paul au v.14 : Certains (les « paresseux ») décidaient de ne plus travailler[10] en attendant le retour du Seigneur. D’autres (les « faibles ») renonçaient à proclamer cette bonne nouvelle en dehors de la communauté.

2000 ans plus tard, que penser, que faire ? Christ nous dit là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux[11]. Alors nous pouvons considérer que Jésus est « déjà là » et que dès lors il n’est plus question d’attendre son « retour » passivement comme un évènement extérieur que l’on attendrait assis. Jésus nous demande d’être partie prenante de l’avènement de son Royaume, car ce Royaume n’est pas un lieu, mais une communauté, dont le périmètre ne s’élargira que par notre action au cœur de l’Humanité : avoir la foi est une action, nous devons la vivre et l’incarner en actes[12].

Ceci dit, les conditions d’avènement du Royaume sur terre, étant loin d’être réunies, on peut légitimement considérer que si Jésus est déjà là, il est aussi pas encore là, et nous sommes en tension constante entre ces deux temporalités : l’ici et maintenant et les fins dernières, mais de là à décrire le déroulement de la « fin des temps », selon 3 phases déduites des révélations de Jean comme le font certains sites Internet, il y a un pas que je ne franchirai pas. Il me suffit de considérer qu’étant au bénéfice de la grâce que Dieu m’accorde dans son amour, rien de mal ne pourra m’arriver, et d’aborder chaque jour qu’il me donne avec confiance et sérénité.

Exhortation 3 : Ne pas rendre le mal par le mal

Mais pourquoi Paul juge-t-il nécessaire de renouveler cette exhortation ? Car cela va de soi, ne pas rendre le mal pour le mal ! Il y a longtemps que nous ne sommes plus sous le régime de la loi du Talion[13]. Et pourtant, en regardant notre Humanité, nous ne pouvons que constater cette escalade de violence qui semble sans fin, cette Humanité semblant s’enfoncer inexorablement dans l’obscurité, (à tel point que seuls 10 pays dans le monde vivraient en paix totale)[14], ce qui faisait dire à Martin Luther King[15] : L'obscurité ne peut pas chasser l'obscurité, seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine, seul l'amour le peut. La lumière contre l’obscurité, l’amour contre la haine, voilà les armes des communautés chrétiennes, pour faire advenir la justice et la paix[16].

Exhortation 4 : L’Esprit Saint

Pourquoi cette exhortation à ne pas empêcher l’Esprit Saint d’agir ? Craignait-il que cette communauté, à peine créée ne retombe dans les impasses dans lesquelles se perdent régulièrement les humains ?

Ne sommes-nous pas aujourd’hui dans cette situation ? Aux premiers temps de la Réforme, nos communautés recherchaient l’amour réciproque, la solidarité, la spontanéité[17] des premières assemblées. Puis elles se sont organisées, structurées, au niveau local, régional, puis national, créant des commissions, des assemblées générales, un corps de clercs salariés. Et l’on serait tenté de poser, comme Jacques Chancel, cette question : « Et l’Esprit Saint dans tout ça ? »

Car seul l’Esprit peut donner le discernement nécessaire pour trouver le bon chemin, opter pour les bonnes décisions, ce qui fait dire à Paul, examinez au préalable tout avec soin (v.21), qu’il formulera autrement dans une lettre à la communauté d’Éphèse : En toutes circonstances, soyez circonspect[18]. Ne vous fiez pas à votre intelligence[19], vos connaissances, et sachez aussi écouter. Pour cela il vous faudra prier, prier, la prière étant la seule ligne de contact avec Notre Seigneur et l’Esprit qu’il nous a laissé[20].

Conclusion : Les 3 piliers

Je voudrais conclure cette méditation sur les 3 piliers de la foi que Paul nous rappelle ce matin :

* La prière (v.17), dont nous venons de parler, qui peut correspondre à des situations particulières : la prière d’action de grâces (le bénédicité tombé malheureusement en désuétude), la demande de pardon, la présentation d’une demande particulière, la prière pour nos frères et sœurs (l’intercession des uns pour les autres), mais par-dessus tout je parlerai plutôt d’un état de prière, là où l’on a conscience de vivre chaque seconde devant Dieu, en lui remettant chacun de ces instants. Cet état de prière qui nous permettra de faire en toute occasion les bons choix au bon moment.


* Rendre Grâces « en toute circonstance » (v.18)

Il n’est pas ici question de rendre grâce pour tout, car être disciple de Jésus-Christ ne constitue pas une assurance tous risques qui nous affranchirait des souffrances et de situations humainement inacceptables, que chaque famille traverse à un moment ou un autre.

Reste qu'en toute circonstance nous pouvons nous tourner vers Dieu pour l'invoquer, l’appeler à l’aide ou tout simplement lui « rendre grâces » parce que nous savons qu'il nous accompagne sur tous nos chemins, quand bien même nous traverserions des épreuves, y compris celle de la peur, ou celle de la spirale descendante qui semble sans fin. Alors il est bon de rendre grâces en silence, pour nous-même et pour Lui, avec, par exemple, le Psaume 23. Savoir que nous ne sommes dorénavant plus jamais seuls, « en toutes circonstances », voilà de quoi nous pouvons rendre grâce à Dieu.

* La joie

3° pilier de notre foi, que j’ai gardé pour la fin, en ce 3° Dimanche de l’Avent.

Les exhortations à la joie retentissent partout dans l’Ancien et le Nouveau Testament, dans le livre des Psaumes en particulier.

Il s’agit là d’une joie toute intérieure, d’avoir choisi le bon cap, le bon guide pour orienter et structurer notre vie.

Joie d’accueillir cette bonne nouvelle : Dieu s’est approché de nous ! Avec cette naissance annoncée par les prophètes, chacun de nous peut aussi naître de nouveau en ce jour de Noël et se pencher sur ce nouveau-né, source intarissable de notre joie, de notre libération[21], de notre réconciliation avec Notre Seigneur.

Et en cela nous rejoignons la cohorte des bergers à qui l’ange annonce une bonne nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie[22]. Nous pouvons mettre nos pas dans ceux des mages, qui sur le seuil de l’étable où l’étoile s’est arrêtée, sont remplis d’une très grande joie[23].

Alors joyeux Noël à tous, et n’oubliez pas les paroles de ce cantique que nous chantions à l’école du Dimanche :

Toujours joyeux ! Telle est notre devise,

Joyeux d'avoir Jésus-Christ pour Sauveur.

Amen !

François PUJOL

[1] Pour échapper à leur arrestation (Philippes est la 1° étape de leur 2° voyage)

[2] Centrée sur la justification par la foi seule (Épître aux Romains, chapitres 1 à7)

[3] Contrairement à la 1° lettre aux Corinthiens, au vu des dérives qui lui ont été rapportées.

[4] Actes 6, 1 à 7

[5] Le premier d’entre eux étant Étienne.

[6] Les 12 étaient témoins de frictions entre juifs de la diaspora (de langue grecque) et juifs de Judée (de langue hébraïque), les veuves des premiers subissant les conséquences de cette difficile cohabitation. Les diacres eurent pour première responsabilité, de régler cette question avant qu’elle ne devienne réellement conflictuelle.

[7] Voir Actes 4, 34.

[8] Ce qui était rendu obligatoire par les lois de 1905 : L’Armée du Salut a dû partager ses activités en deux entités distinctes : la fondation pour les œuvres sociales, la congrégation pour l’activité ecclésiale.

[9] Matthieu 24, 6 & ss.

[10] Ce qui faisait dire à Paul au chapitre 2 de cette même lettre : Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus (1 Thess. 3, 10)

[11] Matthieu 18, 20.

[12] L’expression est de Kamala Harris, vice-présidente des États Unis.

[13] Qui constituait pourtant un « progrès », instaurant une « juste » proportionnalité ente le crime, le délit, la faute et sa sanction (vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent ! Exode 21, 24, Lévitique 24, 20, Deutéronome 19, 21)

[14] Sur 193 pays recensés par l’ONU. Selon le classement Global Peace Index 2016.

[15] Au cours d’un sermon prononcé en 1957 en l’Église Baptiste de l’avenue Dexter à Montgomery (Alabama) dont il sera le pasteur jusqu’en 1959.

[16] Le royaume de Dieu, ce n'est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. (Romains 14:17)

[17] Dont Calvin se méfiait, craignant la contamination des communautés par des « illuminés », des « petits prophètes » (voir Isabeau Vincent, de Saou).

[18] Éphésiens 5, 15

[19] Proverbes 3:5 : Ne te fie pas à ta propre intelligence, mais place toute ta confiance dans le Seigneur. Appuie-toi sur lui dans tout ce que tu entreprends et il guidera tes pas. Ne te fie pas à ton propre jugement, mais soumets-toi au Seigneur et détourne-toi du mal.

[20] Jean 14, 16 et ss : Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous. Je vous laisse un consolateur, l'Esprit saint que le Père enverra en mon nom, il vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai enseigné.

[21] Notre « désaliénation »

[22] Luc 2, 10

[23] Matthieu 2, 10

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