Prédications Protestantes dans les Alpes du sud 

DIMANCHE 07 NOVEMBRE 2021

Temple de Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

1 Rois 17, 8-16

Marc 12, 38-44

2 Pierre 3, 14-18

La patience du Seigneur

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Cette seconde lettre « de Pierre », située à la toute fin du Nouveau Testament en est très probablement le livre le plus tardif (sans doute vers 125). A cette date, on connaît déjà l'existence des lettres de Paul, dont la collection circule.

Mais Pierre est mort en 64 à Rome, comme Paul, victimes de Néron qui accusa les chrétiens d’être responsables de l’incendie de Rome dont il serait lui-même l’auteur. Ce sont donc ses disciples qui écrivent sous son autorité posthume, Pierre étant reconnu par toutes les églises comme celui qui a vu la transfiguration du Christ.

A partir de la lettre aux Hébreux, les lettres de la fin du N.T. ne sont pas destinées à des églises particulières mais à toutes les communautés qui partagent leur foi dans le Christ ressuscité, on les qualifie d’ailleurs d’épîtres universelles (1) .

Au tournant du 2ème siècle, les témoins directs du ministère du Christ ont disparu. La lettre s’adresse donc à la 2ème ou 3ème génération, qui s’impatiente : Le retour du Christ se fait cruellement attendre.

La lettre s’emploie à désamorcer cette lassitude en développant l’idée que si la venue du Seigneur tarde, c'est à cause de sa patience, pour permettre au plus grand nombre d’accéder au Salut. Les chrétiens sont donc exhortés à être fidèles et actifs pour hâter cette venue.

L’autre thème abordé est la mise en garde contre les faux docteurs, l’inquiétude des fidèles encourageant la naissance de déviances et de fausses doctrines dans les églises.

Le passage que nous avons lu reprend ces deux thèmes en quelques versets.

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Il commence par cette expression C’est pourquoi, dans cette attente. De quelle attente s’agit-il ? La réponse se trouve dans le verset qui précède juste notre lecture : Nous attendons selon sa promesse (2) des cieux nouveaux et une terre nouvelle où la justice habitera (3).

L’attente de cette nouvelle terre correspond au retour du Christ, mais Pierre, qui est juif, inscrit cette attente dans l’accomplissement d’une promesse du Seigneur faite par la bouche d’Ésaïe. L’A.T. est ainsi pleinement partie prenante de l’histoire de l’avènement du Royaume.

Mais si les chrétiens attendent cette venue en restant assis, ils risquent d’attendre encore longtemps, c’est pourquoi Pierre les exhorte à s’appliquer, et là, il utilise une expression bien particulière : appliquez-vous à être trouvés par le Seigneur sans tache et irrépréhensibles (v.14). Cette expression renvoie à une lettre de Paul, qui circule déjà, la lettre aux Éphésiens : Christ a aimé l'Église. Il a donné sa vie pour elle, afin qu'elle soit sainte : il l'a rendue pure (…) afin que l'Église se présente devant lui (…) sans tache, sans ride, sans aucun défaut (….) et sans reproche (4) .

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Pierre et Paul

Et Pierre confirme cette source en évoquant notre bien-aimé frère Paul (v. 15).

Un beau retournement de situation dans lequel on peut discerner l’œuvre du Saint Esprit car les relations entre ces deux piliers du Christianisme étaient assez mal engagées, pour preuve ce que la tradition nomme pudiquement « l’incident d’Antioche », lui-même précédé de la réunion de Jérusalem (vers 48-50) traitant de l'observance de la Torah, portée par Jacques et Pierre, quant à savoir si les gentils (5) devaient observer tous les préceptes de la loi de Moïse ou non. En particulier, s’ils devaient être circoncis ou observer les lois alimentaires.

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Pierre, soucieux de concilier les points de vue opposés de Paul et Jacques (le Juste) avait fait approuver une solution (6) à cette question, mais à Antioche, devant des envoyés de Jacques, porteurs d’une lettre (7) revenant sur cet accord, Pierre resta muet, ce que Paul lui reprochera avec véhémence dans sa lettre aux Galates (2, 14).

Pierre qui fera lui-même la double expérience de la rencontre avec Corneille, ce païen qu’il baptisera au nom du Christ et des reproches que s’ensuivirent de la part des judéo-chrétiens de Jérusalem, rejoindra Paul dans sa compréhension de l’universalité de l’œuvre rédemptrice du Christ sur la croix et ils serviront ensemble le Seigneur, en particulier à Rome.

Dans l’hommage que Pierre rend à Paul il souligne en particulier la sagesse qui lui a été donnée par Christ, intégrant Paul dans le cercle des apôtres et sa capacité à expliquer des points difficiles à comprendre (v.16) (8) .

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L’attente

Cette référence à la lettre aux Éphésiens insiste sur le fait que cette absence de taches, ce caractère irréprochable, nous sont donnés par Christ : c’est son sang qui nous purifie, et non pas nos propres qualités supposées, nous n’y sommes pour rien (9) .

Notre salut (10) nous est acquis une fois pour toutes par l’œuvre rédemptrice (11) du Christ, mais encore faut-il l’accepter, et une fois acceptée encore faut-il le vivre, ce salut, par des actes qui manifesteront notre attente.

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L’attente est une tension. Si nous ne ressentons plus cette tension, c’est que nous n’attendons plus.

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Le Royaume

A la fois, nous attendons cette nouvelle terre et ces nouveaux cieux, ce Royaume, mais c’est également à nous qu’il revient de le faire advenir, et ainsi de ne pas abuser de la patience de Notre Seigneur.

Mais pour ne pas se fourvoyer dans notre représentation de ce Royaume, il faut apprendre par cœur (12) ce verset de Luc (13) : Le Royaume de Dieu ne viendra pas de manière à frapper les regards, on ne dira pas : “Il est ici” ou : “Il est là-bas”. En effet, le Royaume de Dieu est au-dedans de vous.

Dès lors les pièces du puzzle s’emboîtent : Ce royaume où la justice habitera adviendra lorsque, ayant mis la justice et l’amour du prochain dans nos cœurs, nous en deviendrons les artisans (14) .

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Les tordeurs de sens

Ces personnes mal affermies qui tordent le sens des lettres de Paul et des autres écritures saintes, auraient-elles fait des émules chez nos contemporains, ce qui serait propre à nous égarer aujourd’hui, par exemple les apôtres de l'individualisme et du bien-être, genre Hédonistes et Épicuriens ?, ou bien les promoteurs de la performance, du profit ou de la réussite, faisant de nous des premiers de cordée en puissance ? Le New Age et la zen-attitude ? Le prêt-à-penser spirituel et les stages de développement personnel ?

Ils sont nombreux sur ce marché, mais est-ce bien de ceux-là que Pierre parle ? Ces tordeurs de sens, ignorants de la Vérité ne sont-ils pas à chercher au sein même de nos communautés, ce qui les rend plus dangereux et leurs discours plus pernicieux ?

Les interprétations des Écritures Saintes partirent dans de nombreuses directions (15) au sein de l’Église primitive, tournant souvent autour de la personne du Christ. Régulièrement des conciles déclarèrent ces christologies (16) « hérétiques », alors que certaines perdurent notamment dans les Églises d’Orient.

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Qu’en est-il aujourd’hui ? On peut s’interroger sur l’évolution de certaines communautés dont les cadres, parfois pasteurs autoproclamés, interprètent au 1er degré certains versets comme Donnez, Dieu vous le rendra au centuple (17) ou demandez et l’on vous donnera, transformant Dieu en distributeur de miracles et de cartes de séjour pour la plus grande prospérité de leurs promoteurs (18) .

Dans notre propre communauté, on peut aussi s’interroger sur la formulation de certains pasteurs du courant libéral, comme « la résurrection est une fiction utilisée par les auteurs du N.T. » (19) qui, au nom d’une « critique historique » suggèrent un autre Jésus que Celui proclamé dans le Symbole des Apôtres.

D’où un discernement nécessaire pour ne pas se laisser hameçonner par les modes de pensée qui nous entourent et une vigilance requise afin de ne pas « tordre » les Saintes Écritures pour les mettre au service des pensées dominantes du moment.

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La conclusion de Pierre

Dans le dernier verset de cette lettre, Pierre utilise une expression particulière à propos de Jésus : Notre Sauveur et Seigneur (20) .

En reconnaissant Christ comme notre sauveur nous n’avons fait que la moitié du chemin, nous sommes au milieu du gué.

Si Dieu nous aime tels que nous sommes, il ne se satisfait pas de ce que nous sommes et il nous exhorte à abandonner définitivement notre « vieil homme », à redevenir celui ou celle que nous sommes vraiment : des artisans de paix, de justice, d’amour.

Et pour cela il nous accompagne jour après jour, pas à pas, sur les chemins qu’il nous indique, et il nous porte lorsque nous ne pouvons plus avancer. Et c’est ainsi qu’il est le Seigneur de nos vies.

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Amen !

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François PUJOL

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1 Ou « catholiques »

2 Dans Ésaïe 65, 17. Voir aussi Aggée 2, 6

3 Ce verset est inscrit sur le mur du temple du Villard-La Beaume, à côté de la chaire.

4 Éphésiens 5, 25-27

5 Les païens convertis

6 Un peu alambiquée : « Dieu ayant purifié le cœur des païens par la croyance en la messianité de Jésus, il ne faut plus leur imposer le « joug » de la Torah. »

7 « L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d'autres charges que celles-ci, qui sont indispensables : vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes. Vous ferez bien de vous en garder. Adieu » Son contenu rappelle les 7 lois de Noé du livre inter-testamentaire des Jubilés.

8 Certes, certains développements de Paul ne sont pas limpides comme de l’eau de source, mais ce qui est surtout difficile à comprendre pour des judéo-chrétiens, c’est l’universalité de la Grâce.

9 Éphésiens 2:8 : C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par vos propres actions, afin que personne ne se glorifie.

10 La question de savoir si notre foi en Christ nous assurera la Vie Éternelle dans la présence bienveillante de Notre Seigneur, est seconde. Ce qui est premier c’est que notre foi nous sauve de nous-mêmes ici et maintenant, ayant remis notre vie entre les mains du Christ.

11 Sa mort et sa résurrection.

12 Et « par le cœur » !

13 Luc 17, 21

14 Et des artisans de paix (v.14)

15 Voir le schéma de Mircea Eliade, Dictionnaire des religions, 1994

16 Aux noms qui nous paraissent aujourd’hui assez exotiques : docétisme, arianisme, nestorianisme, manichéisme marcionisme, donatisme montanisme etc., puis au Moyen-Âge : bogomiles, cathares, et enfin… la Réforme !!

17 Synthèse hasardeuse de Marc 10, 30 et Luc 6, 38

18 Laquelle accrédite auprès des fidèles la pertinence de leurs prédications. Paradoxe qui n’en est pas un, ces églises prospèrent là où règne la pauvreté, depuis les favelas brésiliennes jusqu’en Seine Saint Denis (« Mega-church Charisma, 7000 personnes en 3 cultes tous les dimanches).

19 James Woody dans Réforme, 7 Avril 2020.

20 Expression que l’on retrouve également dans la lettre de Jude.

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Schéma des principales divergences christologiques, d'après Mircea Eliade

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