Charles LAVAUD (1881-1945)

Charles LAVAUD (Pierre Charles) nait le 03 Mars 1881 à Le Bouscat (Gironde). Il est le fils d’Henri Bertrand et de Marie DINEAU.

Il épouse le 07 Septembre 1911 à TRESCLÉOUX (Hautes Alpes), BÉTHOUX Alice Élisa, née le 03 Février 1887 à Gap, sans profession, fille d’Ernest Frédéric Élie, Inspecteur des Postes, et de Charlotte Adèle BERNARD. Alice est une descendante de la famille Vercueil, dont le pasteur Régulus VERCUEIL cousin de l'épouse, est témoin au mariage.

Ils auront deux enfants, Jean[1], né en 1915, décédé en 1987 et Odette née en 1917, décédée en 2014.

Charles décède le 04 Novembre 1945 à l’hôpital de la Tronche (Grenoble-Isère), à l’âge de 64 ans.

Alice décède quatre ans plus tard, le 28 Novembre 1949 à Grenoble, à l’âge de 62 ans.

Voilà pour les Etats Civils.

Au tournant du siècle, Charles entame des études de théologie à la faculté de théologie de Montauban. Cette faculté, sera active de 1808 à 1919 et la seule en France jusqu’en 1876, date de la création de la Faculté Protestante de théologie de Paris.

Elle est l’héritière de l’académie implantée à Montauban, comme le prévoyait l'édit de Nantes en 1598, institut d'enseignement supérieur qui enseignait le grec et l'hébreu, la philosophie, et formait les pasteurs, jusqu'en 1685, fermant quelques mois avant la révocation de l'édit. Ainsi, le choix de Montauban indiquait « la continuité du protestantisme au travers de la parenthèse tragique de la Révocation »[2].

Elle est créée par décret impérial de Napoléon Ier du 17 septembre 1808 et rattachée institutionnellement à l'université de Toulouse, jusqu'à la séparation des Églises et de l'État en 1905. En novembre 1919, elle est transférée à Montpellier[3], et devient la faculté de théologie protestante de Montpellier.

Charles effectuera son service militaire : Chaque jeune homme ayant eu vingt ans, était recensé, et l'année d'après, à ses 21 ans il était appelé à effectuer son service militaire : Avant 1905, les hommes effectuaient un service militaire d'une durée de 3 ans[4]. L'état fixa le service militaire d'une durée de deux ans en 1905 (avant d'être ramenée une nouvelle fois à 3 ans en 1913).

Pour l’anecdote, ceux qui avaient obtenu le certificat d’aptitude à la conduite des voitures automobiles étaient invités à se présenter au régiment, porteurs de leur certificat.

A cette époque, il faut avoir atteint l’âge de 25 ans pour être déclaré apte au ministère pastoral. C’est donc en 1906 (1 an après les lois de séparation des églises et de l’État) que Charles rejoindra son premier poste, dans la paroisse d’Alès, église locale se référant à la déclaration de foi du XXXème Synode Général de l’Église Réformée de France du 20 juin 1872.

Pourquoi cette dernière précision ? Pour répondre, il est nécessaire de faire un point historique :

Des origines… :

Si la Réforme est historiquement datée du 31 Octobre 1517, jour (nuit) où Martin Luther placarda ses 95 thèses (contre les indulgences[5]) sur les portes des églises de Wittenberg, en France son implantation fut un peu plus laborieuse : Si au sein même de l’Église catholique apparaissait une volonté de « retour aux Saintes Écritures », comme par exemple le groupe des Bibliens de Meaux[6], avec une certaine tolérance de la part de François 1er[7], l’affaire des Placards[8] provoquera la fin de la politique de conciliation menée par le roi François Ier en faveur des « luthériens ».

Cet épisode provoque la radicalisation de François Ier contre les partisans de la Réforme, vis-à-vis desquels il avait été jusqu'alors relativement tolérant : Une vague de répression aboutit à de nombreuses condamnations (en 1535), à la pendaison et/ou au bûcher[9], contraignant nombre de réformés (dont Calvin) à l’exil.

Ce n’est donc qu’en 1559 que les Réformés purent réunir leur premier Synode national, à Paris, et rédiger la première Confession de Foi de l’Église Réformée de France (ERF). Elle sera ratifiée lors du synode de La Rochelle, en 1571, en commun avec les Églises Réformées du Béarn et de Genève, d'où son nom de Confession de La Rochelle.

Malgré le massacre de la Saint Barthélémy (en Aout 1572) qui relança les guerres de religion[10], les protestants peuvent tenir tous les 3 ans leurs synodes nationaux au cours desquels sont examinées la confession de foi et la discipline de l’Église, ce qui peut donner lieu parfois à d’interminables controverses (on a ainsi rayé le mot « substance » de l'article de la Cène au synode de Gap en 1603 après 1 mois de débats). Les problèmes du baptême ont été traités dans trois synodes successifs sans être résolus. Au cours de ces synodes les ministres (pasteurs) doivent prêter serment d'union, sous peine d’être frappés d'indignité.

A la suite des tracasseries sous le règne de la régente Marie de Médicis, qui se muèrent bientôt en persécutions sous Louis XIII, les protestants sont conduits à résister contre ces agressions lors de soulèvements connus sous le nom de « rebellions huguenotes » en 1621 et 1622, dans toutes les provinces du Midi[11], cordonnées par le duc Henri de Rohan. Les hostilités se terminent par le traité de Montpellier[12] (19 Octobre 1622) qui renouvelle l'Édit de Nantes.

Elles reprennent en 1625, Richelieu voulant extirper définitivement les huguenots du Royaume. Rohan, malgré son courage et sa valeur militaire, ne peut empêcher la chute de La Rochelle après un douloureux siège de 14 mois. La signature de la paix d'Alès, le 27 juin 1629 scellera définitivement la défaite des huguenots. Elle leur retire le droit aux assemblées politiques, et toutes leurs anciennes places de sûreté (la citadelle de Serres sera détruite en 1633).

Nonobstant, les synodes nationaux purent se tenir, malgré tous les obstacles que l’on peut imaginer, jusqu’à celui de Loudun, le dernier[13], en 1659.

Les protestants s’enfoncèrent dès lors dans un long tunnel de souffrances avec en point d’orgue l’édit de Fontainebleau (1685) annulant l’Édit de Nantes, instaurant pour un siècle, les dragonnades, les galères pour les relaps, les confiscations des biens, l’enlèvement des enfants, etc…

…. A la Révolution :

La Révolution de 1789 et en particulier la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen promulguée le 26 Aout 1789 (spécialement ses articles 10 et 11) va réintégrer les protestants (et les juifs) dans le corps social[14]. Dès lors les protestants n’auront de cesse de retrouver toute leur place, c’est-à-dire celle de l’Édit de Nantes[15] et de s’investir dans leur insertion. C’est ainsi que l’on a vu des familles de l’aristocratie protestante,[16] émigrées aux Pays bas, en Allemagne ou en Suisse, revenir, et parmi elles nombre de familles de banquiers d’affaires[17].

Le Concordat :

Après une décennie de troubles et de violence[18], arrive le coup d’État de Bonaparte le 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799), rapidement suivi en Juillet 1801 des accords avec le Pape Pie VII instaurant en France le régime concordataire.

L’État reconnait quatre cultes : Catholique[19], Réformé, Luthérien, Juif (en 1808). En contrepartie d’une rémunération des pasteurs, les communautés sont organisées en consistoires[20] (avec un président) à échelle départementale, sous le contrôle des préfets. Les pasteurs sont nommés par le Préfet[21] sur proposition du Conseil de Consistoire.

Les protestants ont acquis une liberté de conscience, mais le concordat les place en liberté surveillée, ce que confirme l’impossibilité pour eux, d’organiser de nouveaux synodes nationaux, Bonaparte et ses successeurs ne souhaitant pas favoriser l’expression et l’organisation, au niveau national, d’éventuelles oppositions.

A l’abri du concordat les protestants purent s’engager totalement dans la vie civile sous les divers régimes du 19° siècle : Républiques, monarchies constitutionnelles, empires. Nombre de ses pasteurs devinrent députés[22], d’autres étaient également francs-maçons[23]. Parallèlement, dans les grandes villes étaient implantées de grandes paroisses historiques, avec des temples monumentaux, en particulier à Paris, dans les « beaux quartiers ».

Pourtant, un courant refusera le concordat et la soumission à L’État qu’il impliquait, ce qui lui semblait contraire à l’esprit des Évangiles. Ainsi apparaissent entre 1820 et 1848 des communautés indépendantes qui se veulent des Églises de professants, vivant en marge du Concordat, donc « libres » de liens avec l’État.

Au sein même de l’Église Réformée officielle, qualifiée de « Nationale », dès les années 1820, un courant revivaliste, un vent de renouveau, souffle sur le protestantisme français, notamment en provenance de Genève où ce Réveil a déjà commencé, soutenu par quelques grandes familles.

Ce mouvement revivaliste, parisien à l’origine, propose des cultes[24] et des réunions d'évangélisation le dimanche après-midi afin de ne pas concurrencer le culte dominical des paroisses protestantes. En effet, ce mouvement a toujours eu le souci de résister à la tentation de dissidence.

Ces réunions se tiennent au début dans des locaux annexes des paroisses ou dans les salons de certains membres de la bourgeoisie protestante parisienne ou au siège de la Maison des Missions de Paris.

Le climat de liberté qui fait suite à la Révolution de 1830 permet le renforcement de ces groupes revivalistes parisiens.

Dans cette ambiance favorable, une « chapelle » est ouverte en octobre 1830 rue Taitbout (d'où son nom). A l’origine, la chapelle Taitbout ne se pose pas en concurrente indépendante de l’église officielle, mais se veut comme un outil d'évangélisation. Il ne s'agissait nullement de fonder une nouvelle paroisse. Si cela advint, cela est dû seulement au succès de ce courant tant auprès des protestants historiques que des nouveaux convertis. De nouvelles implantations suivirent[25], qui demeureront rattachées à l’Église Réformée officielle[26].

En effet, peu à peu, cette Église « officielle » s’assoupissait à l’ombre du pouvoir politique, sa foi évangélique se transformait peu à peu en un humanisme dont on ne savait plus très bien si ses origines se trouvaient dans la Déclaration des droits de l’Homme ou dans l’Évangile de Jésus Christ, ses pasteurs, par souci du « politiquement correct », ne s’adressaient plus à des fidèles mais à des citoyens, ne prêchaient plus la résurrection mais l’ordre moral et les devoirs du citoyen[27]. Face à cette situation, différents mouvements, que l’on qualifia de « revivalistes », militaient et priaient pour un nouveau Réveil, qui serait marqué par un retour aux Saintes Écritures, dont les effets seraient une rencontre personnelle, physique, de chaque individu avec Jésus Christ.

La révolution de 1830, hélas éphémère,[28] fut suivie de la monarchie de Juillet avec Louis-Philippe, qui nomma François GUIZOT ministre[29], puis Président du Conseil, sorte de point d’orgue de la réinsertion et de la reconnaissance sociale des protestants.

Dans le bouillonnement de la révolution de 1848, sous l’impulsion de Frédéric Monod, Alexandre Vinet et Agénor de Gasparin, nombre de communautés se séparent de l’Église Réformée et fondent (en 1849) l’Union des Églises Évangéliques Libres de France, l’UEEL, qui comprend aujourd’hui 49 églises locales[30].

Elles furent à l’origine d’une évangélisation tournée vers les plus faibles auxquels serait également porté un secours matériel. Ce réveil se manifesta en de nombreuses régions, en particulier dans le Sud, par la Mission d’évangélistes colporteurs[31], et de Missionnaires venus de Suisse[32] et d’Angleterre.[33]

Le synode de 1872

Dans cette ambiance euphorique pour les protestants, qui surmontèrent le coup d’état du futur Napoléon III[34], des courants aux théologies de plus en plus divergentes avaient de plus en plus de mal à parler d’une seule voix. L’opposition entre « libéraux » pour qui la doctrine doit s’effacer devant la conscience du croyant et son expérience personnelle d’une rencontre avec Dieu, et les « orthodoxes » revivalistes qui souhaitent réunir tous les membres autour d’un texte s’imposant à tous (pasteurs et laïcs), une confession de foi inspirée de la confession de La Rochelle et qui veulent affirmer l’autorité immanente des Ecritures, l’opposition prend des allures de plus en plus agressives y compris physiques. Un nouveau synode devenait nécessaire et urgent pour clarifier cette situation.

Le dernier synode national ayant eu lieu en 1659, c’était un évènement annoncé. Il fallut l’énergie et l’entregent de GUIZOT, déjà octogénaire mais toujours actif, pour que le XXX° Synode puisse voir le jour, en Juin 1872[35].

Il a un objectif principal : régler la question de la confession de foi.

Les orthodoxes sont majoritaires et font voter par 61 voix contre 45 une Déclaration de foi rédigée par Charles Bois. Ce n’est pas tant le contenu de la confession de foi que l’usage que l’on va en faire qui inquiète les libéraux : faudra-t-il obligatoirement la signer pour être pasteur ou membre d’une Église Réformée ?

La déclaration de foi sera imposée aux nouveaux pasteurs lors de leur installation et aux laïcs qui constitueront les listes électorales pour l’élection des conseils presbytéraux et consistoriaux.

Le système presbytérien-synodal est pleinement reconstitué, tel qu’il fonctionnait avant la révocation de l’Édit de Nantes.

Devant le résultat de ce vote, les libéraux modérés se solidarisent avec les libéraux extrémistes, et refusent de mettre en application les décisions du synode, au nom de la liberté de conscience et de la libre interprétation des écritures[36] et ils quittent le synode.

Dès lors, deux Églises différentes vont coexister de fait au sein du protestantisme réformé français :

La plupart des libéraux, minoritaires, constituant « « l’Église Réformée », regroupant 150 paroisses,

Les « orthodoxes », constituant « « l’Église Réformée Évangélique[37] », regroupant 450 paroisses, qui acceptent les décisions du synode de 1872.

Cette situation perdurera jusqu’au synode de 1938, où l’obstination de Marc Boegner permettra la réunification de la famille Réformée[38], au prix de concessions consenties par les « orthodoxes » aux libéraux. Mais ces concessions furent jugées insupportables[39] par une partie des « orthodoxes » qui quittèrent le synode et constituèrent l’Union nationale des Églises réformées évangéliques indépendantes de France (Unerei ou Erei[40]), à laquelle se rattachèrent une cinquantaine de communautés.

Alès en 1906[41]

Le synode de 1872 n’avait pas eu de répercussion majeure dans la communauté d’Alès, qui avait résisté à la scission en se rattachant à l’union des Eglise réformées Evangéliques (orthodoxes-revivalistes) malgré la présence d’une forte minorité libérale.

L’ambiance n’y était toutefois pas sereine et ce qui était latent explosa lors des lois de séparation des Églises et de l’Etat. En effet chaque communauté locale devait se doter de statuts nouveaux : les associations cultuelles 1905, dérivées de l’association loi 1901.

En 1906, peu de temps avant l’arrivée de Charles, la paroisse d’Alès est ainsi constituée :

Le conseil presbytéral comprenant 6 membres laïques, assistés d'une dizaine de diacres chargés de de la diaconie.

· Trois pasteurs :

* Victor Poux : en poste à Alès depuis 21 ans, Président du CP et de l'assemblée du Consistoire.

* Elie Néel, né à Alès, d'origine suisse et naturalisé français, a fait ses études à Montauban. il est en poste à Alès depuis 8 ans.

* Théodore Lelièvre, ancien pasteur auxiliaire, titularisé depuis 4 ans.

L’Assemblée Générale des Eglises Réformées de France, réunie à Orléans du 9 au 16 Janvier 1906, fut une nouvelle source de crispation entre orthodoxes et libéraux, l’Assemblée Générale adoptant pour les nouvelles associations, les statuts-type proposés par les orthodoxes, majoritaires. Dans la foulée les libéraux tinrent une autre réunion pour proposer d'autres statuts-type dans lesquels l’adhésion des pasteurs à la déclaration de foi n’est plus que formelle voire facultative.

Cette division va prospérer au sein du Conseil Presbytéral d’Alès. Il faudra trois séances pour que finalement les statuts de la tendance orthodoxe soient adoptés par 11 voix contre 5. Mais sur les 3 pasteurs, 2 sont de tendance libérale. C’est ce qui provoquera la séparation, irréversible puisqu’elle perdure jusqu’à aujourd’hui.

Cette séparation se parachèvera lors de L'Assemblée générale du 25 Février 1906 à laquelle participeront environ 800 personnes dans un temple archiplein : Face au seul pasteur « orthodoxe », ce ne sont pas moins de quatre orateurs favorables à la tendance libérale qui se succéderont jusqu’à 18 heures, de sorte que l’assistance, totalement retournée, votera pour ces statuts type par 455 voix contre 110.

Dès lors, le Conseil Presbytéral, de tendance « orthodoxe », prenant acte de son désaveu par l’Assemblée, adoptera, au cours d’une réunion le 1er Mars 1906, les statuts-type de l'association cultuelle de l'Eglise réformée évangélique d'Alais (Alès à partir de 1926) qui se rattachera à l'Union nationale des Eglises réformées évangéliques indépendantes (UNEREI devenue depuis UNEPREF).

Le 25 mars, une autre Assemblée Générale: adoptera les statuts de l'association cultuelle de l'Eglise réformée d'Alais déclarée le 31 Mars en sous-préfecture. Cette association s'affilie le 23 Novembre 1906 à l'Union nationale des Eglises réformées (libérale).

Les lois de 1905 n’auront fait qu’aggraver une situation de division du protestantisme français, à laquelle jusque-là de nombreuses communautés avaient résisté. Cette division ne trouvera son terme (partiellement[42]) qu’avec le synode de réunification de 1938.

A Alès, la création des deux associations cultuelles crée de nouveaux problèmes, ceux de gestion du quotidien et en particulier de l’utilisation du temple.

Pour gérer ces questions, les deux associations cultuelles vont se regrouper dans une association 1901 de gestion, « l’Union réformée d'Alès », déclarée le 8 décembre 1906 en préfecture, et une Association de bienfaisance, chargée de la diaconie, le 11 Décembre.

Même si l’ambiance n’est pas des plus chaudes, un accord général sera trouvé, sur l’utilisation du temple pour les cultes dominicaux : l’E.R. de 9h à 10h.30, l’E.R.E. de 10h30 à midi. Les cultes de confirmation seront communs de même que l’instruction religieuse[43].

Voilà donc la situation que Charles trouvera lors de son arrivée à Alès comme jeune proposant de 25 ans, frais émoulu de la faculté de Montauban. Après ce stage de 2 ans il sera confirmé comme pasteur pour 6 années.

Compte tenu de la situation décrite ci-dessus, ce premier poste n’a pas dû être des plus simples, d’autant que le département du Gard est celui où les Eglises Réformées Indépendantes sont les plus nombreuses.

C’est durant ce premier poste qu’il épousera (à Trescléoux) Alice.

1912 - Noël

Nous disposons d’une seule prédication de Charles à Alès, le jour de Noël 1912.

Dans une prédication qui frôle la demi-heure, il insiste sur la nécessité d’être « en Jésus-Christ » pour être au bénéfice de la joie de Noël : « Même ce que l'on a pris à Jésus, sa morale, ses préceptes de bonheur sa charité ne donnent rien quand cela est pratiqué hors de Lui. Hors de Lui, il ne reste que l'effort stérile. Le cœur de l'homme ressemble à l'oiseau aux ailes brisées. »

Et il cite un poème de J.M. De Heredia[44], « La mort de l'aigle », avant de reprendre : « C'est l'histoire sans cesse répétée depuis qu'Adam tenta de se passer de Dieu, Et Non. Rien n'est possible, rien ni la vie, ni le bonheur qui donne à la vie sa raison d'être, rien ne se peut pour l'homme hors de Jésus ».

Dans une prédication déjà porteuse de ses convictions revivalistes.

1913 – Assemblée du Désert

Avant son départ d’Alès, Charles participera à l’Assemblée du désert[45], le 7 Septembre, au Mas Soubeyrand (Mialet- Gard). Il ne s’agit que de la 3° édition, la première Assemblée ayant eu lieu le 24 septembre 1911, lors de l’inauguration du Musée avec ses fondateurs Franck Puaux et Edmond Hugues.

Le culte est célébré par les pasteurs Messine et Puaux, avec les allocutions du pasteur Emile Doumergue (doyen de la faculté de Montauban) et du colonel François De Witt-Guizot[46]. On y chante les cantiques de circonstance[47] et en clôture du culte on entonne la « Cévenole ».

1914 - Saint Laurent du Pape[48]

A l’issue de ces 8 années passées à Alès, que l’on peut imaginer assez inconfortables, Charles optera pour l’Ardèche, à Saint Laurent du Pape à l’entrée de la vallée de l’Eyrieux.

Cette vallée acquise à la réforme dès le 16° siècle a été depuis le début du 19° siècle le lieu d’expression de différents mouvements de réveil, initiés par des prédicateurs parfois étrangers se prévalant de diverses tendances théologiques ou ecclésiales, ce qui donnera une constellation de dénominations : Église Réformée historique, Adventistes, Baptistes, Méthodistes, Eglises libres non concordataires, Pentecôtistes[49], Darbystes, puis après le synode de 1872, églises dissidentes affiliées aux EREI.

Saint Laurent du Pape n’y échappe pas. Le synode de 1872 y a provoqué une onde de choc dévastatrice, pour savoir qui prendrait le pouvoir, entre libéraux et orthodoxes, à l’occasion du départ en retraite du pasteur Faure. Choisira-t-on un pasteur libéral ou orthodoxe ?

Se déclenche alors une véritable campagne électorale, avec vol des clés du temple, dépôt(s) de plainte(s) invitation d’un prédicateur ultra libéral (Coloni) lors d’un meeting (au temple) réunissant 400 personnes.

Finalement, le pasteur Faure renonce à prendre sa retraite, le temps que les esprits s’apaisent. C’est Élisée PELOUX qui lui succédera de 1874 à 1881 puis Charles TROMPARENT de 1882 à 1906 et enfin Gustave GINHOLAC de 1906 à 1914 avant que n’arrive Charles, en Mai 1914 : Nous avons la chance de détenir sa prédication lors de son culte d’installation, le 10 Mai. Une prédication à partir de 2 Corinthiens 6, 11-13, comprenant 3.500 mots[50], empreinte de beaucoup de lyrisme et révélatrice d’une relation à Dieu vécue très concrètement « Je dois vous faire partager ma joie : J'ai trouvé en Jésus-Christ un Sauveur parfait, c’est là ma Mission ». Il se vit comme le berger empêchant ses brebis de prendre les mauvais chemins, il a le devoir de les aiguiller pour qu’ils renoncent à leurs pensées naturelles et c’est pour lui une souffrance, qu’il accepte au nom du Christ, homme de souffrance : « quand vos cœurs me seront acquis, à moi, votre pasteur, ils ne seront pas loin d'être gagnés à Dieu ». Et il conclut : « en attendant l'aube éternelle où, accueilli avec vous dans le ciel, je pourrai dire : Père me voici avec ceux que tu m'as donnés ; aucun d'eux ne s'est perdu ! »

Le ton est donné.

Toutes ses prédications seront dans la même veine, lyrique, patriotique saluant le courage des morts comme lors de ce culte du 6 Avril 1919 où l’assemblée chante « Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie, ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie »[51], la prédication[52] ayant pour support le texte d’Apocalypse 14, 13 : Ils se reposent de leurs travaux et leurs œuvres les suivent.

Charles restera à Saint Laurent durant un mandat de 6 années[53] (1914-1921) terribles, celles de la « Grande » guerre où ses paroissiens, à l’unisson des français, vibraient dans un patriotisme revanchard, seule explication à l’acceptation par ces millions de soldats (et leurs familles) de ce qui sera un holocauste avant l’heure.

L’Église Réformée était à cette unisson, mais un grand nombre de ses pasteurs se trouvèrent, à la fin de la guerre dans un état de sidération : Comment ?, Pourquoi ? Comment avons-nous pu nous associer à cette tragédie ? Pourquoi Dieu ne nous en a-t-il pas empêchés ?

En Aout 14, l’« Union sacrée » avait réuni toutes les familles protestantes dans un sentiment unanime de légitime défense contre l’agression de l’Allemagne qui était « la seule coupable ».

Toutes les « familles spirituelles » de France sont réunies. Le clivage né de l’affaire Dreyfus est oublié.

L’hécatombe des premiers jours est terrible : 27.000 morts pour la seule journée du 27 août 2014, 383.000 de septembre à novembre, mais l’énormité du nombre des morts n’entame pas l’union des Français. Des pasteurs qui avant la guerre participaient à une organisation pacifiste répondent sans hésiter à leur ordre de mobilisation, et encouragent leur entourage à faire de même.

La durée d’une guerre qui devait être courte[54] leur apporte un cruel démenti, et « le moral des troupes » se détériore sensiblement à partir de 1917 suite à l’échec des grandes offensives meurtrières[55], générant des mutineries, signe d’une défiance grandissante de la troupe vis-à-vis de ses généraux.

Mais cela n’ébranle pas nombre de pasteurs, qui rappellent les devoirs du citoyen envers l’État et « la volonté indéfectible de lutter jusqu’à la Victoire finale, la Sainte Victoire »[56]). En 1917, le Manifeste publié par la Fédération Protestante de France refuse toute idée de paix de compromis, sans vainqueur ni vaincu, prônée par le président des États-Unis, W. Wilson[57].

Cependant, devant « cette explosion diabolique de la fureur homicide humaine », des pasteurs comme Wilfred Monod remettent en cause ces certitudes : quelle légitimité une guerre peut-elle avoir alors que l’Évangile nous apprend à aimer nos ennemis ? Ces bouleversements touchent davantage les libéraux, ce qui conduit Albert Schweitzer à écrire : «À ceux qui ont cru au progrès, la situation actuelle donne la preuve terrible qu’ils se sont trompés». Ce sentiment d’une faillite collective s’étend aux Églises, qui n’ont pas su, ni peut-être voulu, détourner de la guerre des peuples là où les chrétiens étaient majoritaires. Elles ont participé à la propagande belliqueuse d’un côté comme de l’autre.

Dans les années 20, à la suite de Karl Barth, jeune pasteur suisse, révolté par l’alignement des libéraux sur la politique de leurs gouvernements, de jeunes théologiens et pasteurs rompent avec les orientations de la génération précédente. Ils lui reprochent d’avoir laissé leurs fidèles se détourner du message évangélique alors qu’ils avaient la responsabilité de l’annoncer et de l’enseigner. Ensuite, d’avoir cherché à établir des convergences voire des alliances avec l’ordre social et politique existant, préférant l’idéologie des Lumières à l’Autorité des Ecritures.

En 1923, plusieurs pasteurs, dont : Henri Roser[58] (1899-1981), André Trocmé[59] (1901-1971), et de hautes personnalités[60] : Leonhard Ragaz (1868-1945), Théodore Monod (1902-2000), créent à la Faculté de théologie protestante de Paris, la branche française du Mouvement International de la Réconciliation[61] (MIR, France) qui sera membre de la Fédération Protestante de France.

Ces jeunes théologiens disent : « votre religion est pécheresse parce qu’elle se fonde sur l’homme et non sur Dieu ». Dès 1922, Barth deviendra le chef de file de cette nouvelle théologie, qui annoncera un nouveau Réveil et préparera, sans qu’ils le sachent, ses acteurs à une résistance spirituelle au nazisme.[62]

Charles quittera Saint Laurent du Pape en Juin 1921. Il sera remplacé par Gustave Vernier[63], âgé de 42 ans, qui arrive de Polynésie où il est né et où il était missionnaire avec ses frères. Il restera à Saint Laurent dix ans, avant de rejoindre en 1937 Collioure (il y succédera au père d’Henri Eberhard[64]) où il sera au cœur de la Retirada des républicains espagnols en Février 1939[65].

Montélimar[66]

C’est dans les dispositions d’esprit décrites ci-dessus, que Charles arrive à l’été 1921, à Montélimar, (il a traversé le Rhône !) avec femme et enfants.[67]

Charles et sa famille purent s’installer dans un presbytère tout neuf, grâce à l’acquisition, l’année précédant son arrivée, d’un ensemble immobilier, boulevard du Fust[68].

La situation à Montélimar :

Si la paroisse avait été épargnée par le schisme consécutif au synode de 1872, et s’était affiliée aux Églises Réformées Evangéliques, elle fut rattrapée, tout comme l’Église d’Alès, par la loi de séparation des Églises et de l’Etat de 1905, lorsqu’il s’est agi d’adopter les statuts des nouvelles associations cultuelles dites « 1905 ».

Le synode d’Orléans avait adopté des statuts proposés aux églises locales.

Mais cette fois, les statuts seront rejetés par 94 voix contre 72.

La scission était inévitable, d’autant que chaque parti avait un pasteur comme chef de file.

Les minoritaires, avec le pasteur Armand s’empressèrent de déposer les statuts d’une association cultuelle - 1905, qu’ils rattachèrent à l’Église Réformée Évangélique, de sorte qu’ils disposaient du temple.

Les majoritaires, avec le pasteur Causse, se rattachèrent au groupe de Jarnac[69] et durent négocier l’usage du temple. Le 17 Mai, une convention est signée entre les 2 parties pour cet usage.

Tout le monde souffrait de cette situation, de sorte que grâce à quelques médiateurs, l’union fut rétablie lors d’une Assemblé Générale le 15 Février 1914.

Puis la guerre arriva, avec la mobilisation de nombreux paroissiens, dont les pasteurs. Les protestants, à l’unisson de leurs compatriotes venaient de basculer dans un autre temps, celui des souffrances et des deuils. Cette guerre signera de façon ô combien tragique, écrite sur le monument aux morts de tous nos villages, la véritable fin du 19° siècle.

Le ministère de Charles

Charles arrive dans la Drôme dans cette période postérieure à la guerre, propice à de nombreuses remises en cause théologiques (voir ci-dessus). Dès son arrivée dans la Drôme, il prend contact avec les pasteurs des Églises du Sud de la Drôme, qui venaient d’initier une Union Pastorale avec des rencontres mensuelles dont l'ordre du jour principal était l'étude de la question du Réveil. Outre Charles, on y trouvait les pasteurs Brunet (Puy-Saint-Martin), Éberhard (Dieulefit), Grobéty (Bourdeaux), Champendal (Vinsobres), Rohr (Nyons). Presque tous jeunes, au début de leur ministère, ils avaient le désir profond d'un renouveau dans leurs Églises. Ils avaient la conviction qu’il y avait un défi à relever et que cela passait par un mouvement de Réveil.

Tandis qu’ils persévéraient dans leurs prières, ce Réveil se déclencha de façon inopinée et imprévue :


Aout 1922 :

Dans le temple d’Establet, près de La Motte Chalancon, où Victor Bordigoni, simple évangéliste avait été mis en poste, dans cette paroisse vacante depuis plusieurs mois, une bergère, Eugénie Ponson, se lève pour se consacrer au Seigneur[70]. Elle deviendra infirmière à Tahiti pour soigner les lépreux puis reviendra au pays, à La Motte, comme assistante sociale.

Novembre 1922 :

La trentaine de pasteurs du Synode Régional, se retrouve à Crest pour une retraite de 3 jours. Y participent les pasteurs du Valentinois, ceux de la vallée de la Drôme et ceux de l’Union pastorale du Sud.

Ces trois jours se passent dans la présence palpable de Dieu : des prières intenses, des interventions inspirées[71] laissent une trace indélébile chez ceux qui les ont vécues. La Sainte Cène du Dimanche est perçue comme une nouvelle Pentecôte.

Le Réveil est bien là. Il fait tache d’huile, à Arnayon, Dieulefit, qui deviendra, sous l’impulsion d’Henri Eberhard, le centre du Réveil drômois.

Cette retraite inspirera à Charles deux prédications, du 03 et du 10 Décembre 1922[72], sur le thème « Il faut que vous naissiez de nouveau » (Jean 3, 7), thème central du revivalisme.

La célébration de la Fête de la Réformation le 05 Novembre 1922 ne fait que confirmer cette inspiration : « Nous sommes appelés à célébrer aujourd'hui la fête de la Réformation et tout à la fois le Jubilé centenaire de la Société des Missions en pays païen. Dans ce rapprochement est la démonstration de la valeur, de la puissance, de la vitalité d'une religion qui eut la réputation d'être vaincue, écrasée, réduite à rien. C'est l'histoire d'un peuple quasi anéanti et toujours debout. C'est, plus encore, le témoignage que Dieu se rend à lui-même, en maintenant au cœur de quelques-uns la flamme indestructible de la foi ».

Janvier 1923 :

Victor Bordigoni décide d’organiser en soirée des réunions d’évangélisation chaque fin de semaine. Il demande à ses collègues de l’Union, de venir à tour de rôle porter leur message et leur témoignage, puis ce sont trois pasteurs qui ensemble animent chaque réunion, intervenant chacun au maximum ¼ d’heure, dans une totale improvisation, ce qui leur donne un rythme et une tonicité très favorables à l’écoute par l’assistance. Il fut alors décidé de conserver cette pratique collective pour les prochaines Missions : la « Brigade de la Drôme » était née.

Février 1923 :

A la demande d’Édouard Champendal, dont il est le pasteur, une Mission est organisée durant une semaine, du 13 au 16, à Vinsobres. Les quatre pasteurs qui y participent voient cette initiative marquée par la puissance du Saint Esprit : dès les premières réunions d’appel, plusieurs personnes déclarent vouloir se consacrer à Dieu. C’est un formidable encouragement à poursuivre ces Missions.

[1] Qui aura cinq enfants dont Jacques.

[2] André Gounelle : La faculté de théologie protestante de Montauban dans Études théologiques et religieuses 2013/2 (Tome 88)

[3] Dans une propriété léguée par Charles Gide (oncle d’André) fondateur de l’ « Ecole de Nîmes », précurseur du mouvement coopératif français.

[4] Ramené à 1 an pour les appelés qui avaient fait des études. Le tirage au sort avait été supprimé par la loi de 1889.

[5] Vendues pour « éviter le purgatoire », elles ont permis au pape Léon X de financer la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome.

[6] Avec Guillaume Briçonnet, nommé évêque de Meaux par François 1er en 1512. Animé par une éthique peu commune à l’époque, il devient en 1521 le directeur spirituel de la sœur du roi de France, Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre. La même année, il attire autour de lui plusieurs théologiens et prédicateurs, dont notamment Lefèvre d’Étaples, Guillaume Farel, mais il sera l’objet d’un procès en hérésie et devra rentrer dans le rang.

[7] Influencé par sa sœur, grand-mère d’Henri IV, protectrice de nombreux réformés (voir ci-dessus).

[8] Placardage clandestin d'un texte anticatholique[8] sur les lieux publics à Paris et dans plusieurs villes de province, jusque sur la porte de la chambre royale de François Ier au château d'Amboise, pendant la nuit du 18 octobre 1534

[9] Dont l’imprimeur Antoine Augereau, brûlé place Maubert en Décembre 1534. Il avait édité le « Miroir de l'âme pécheresse » écrit par Marguerite de Navarre, ouvrage condamné par la Sorbonne.

[10] La première « guerre de Religion » fut déclenchée par le « massacre de Vassy » en Haute Marne, survenu le 1er mars 1562 au cours duquel une cinquantaine de protestants, qui célébraient leur culte dans une grange, furent tués, et environ cent-cinquante blessés par les troupes du duc de Guise.

[11] Reliées entre elles par une structure confédérale de communautés locales, qui lui donnèrent le nom de « Provinces de l’Union du Midi », elles ont parfois été décrites comme une tentative de constituer en France un Etat huguenot, une République indépendante du Royaume, à la manière de ce que les Néerlandais ont fait par la suite en 1581 en se séparant des Pays Bas espagnols. Or, la lecture du règlement de 1573 fait apparaître que l'assemblée n'avait « d'autre but que la gloire de Dieu, l'avancement du règne du Christ, le bien et le service de la couronne et le commun repos du royaume ». S’il fut jugé nécessaire de rédiger cette précision, c’est peut-être que cette tentation a existé, même si elle fut éphémère.

[12] Négocié au nom du roi Louis XIII par Lesdiguières, récemment converti au catholicisme.

[13] Grâce à l’énergie, divinement inspirée, du jeune Antoine Court, pas encore pasteur, quelques synodes clandestins purent être réunis, dont celui de Monoblet, près d’Anduze, en 1715. Mais avec un corps pastoral formé à l'étranger et constamment dispersé par une police qui surveillait les assemblées, il était difficile pour ces synodes clandestins d’organiser l’unité des communautés locales, elles-mêmes clandestines et obligées de se réunir « au désert ».

[14] Tous les mariages clandestins seront régularisés sur les actes d‘État Civil en 1792, avec la mention « marié au désert ». Cette réintégration avait timidement commencé avec l’Edit de Tolérance promulgué par Louis XVI en Novembre 1787, sous l’impulsion de Rabaut Saint Étienne, avocat nîmois (et pasteur clandestin).

[15] Les protestants représentaient alors 30 % de la population du Royaume, et étaient majoritaires dans le midi.

[16] Elles constitueront ce que l’on appellera la « Haute société protestante », en abrégé HSP, ces familles pratiquant une solidarité mutuelle et un pouvoir fondé sur la discrétion au sein d'une élite et d'une société française majoritairement catholique. On y trouve de grands industriels, banquiers, négociants et armateurs qui reconstitueront dès leur retour des réseaux d'influence efficaces. Certaines familles fourniront également quelques dynasties de pasteurs.

[17] Animées par une éthique particulière héritée de leurs origines (que l’on retrouvera dans la Résistance), elles soutiendront nombre d’œuvres sociales, l’ouverture d’écoles (y compris maternelles), la construction de nouveaux temples, la mise en place d’un système d’assurances mutuelles, etc…

[18]Qui auraient provoqué près de 400.000 morts

[19] Déclaré « religion de la majorité des français », comme le souhaitait Talleyrand, artisan des « lois organiques », il n’y a plus de religion d’état.

[20] Dans les Hautes Alpes, le siège du consistoire est à Orpierre (et son président). Dans la Drôme il est à La Motte Chalancon.

[21] C’est ainsi que Félix Neff s’est vu refuser le pastorat au prétexte qu’il était suisse (ce qui faisait de lui un suspect!!).

[22] Dont Edmond de Pressensé (également sénateur), Agenor de Gasparin, Ferdinand Buisson (Prix Nobel de la paix-1927), Benjamin Constant.

[23] Dont Frédéric Desmons, (Député puis sénateur, Grand Maître du Grand Orient de France en 1887), Henri Pyt, Eugène Réveillaud (également député), Albert Schweitzer (Prix Nobel de la paix -1952), François Arnail.

[24] Les formes traditionnelles des cultes y sont bousculées, la liturgie en est parfois absente, la robe pastorale est boudée, des chants piétistes, « de réveil », y sont chantés en plus des anciens psaumes de la Réforme.

[25] En particulier avenue de la Grande armée (paroisse de l’Etoile) et rue Madame (Paroisse du Luxembourg)

[26] Sauf la chapelle Taitbout, à l’initiative de Frédéric Monod.

[27] A la même époque (1817), à Genève, la "Vénérable Compagnie des pasteurs de Genève" publiait un règlement exigeant de tout nouveau pasteur qu’il s’engage à ne prêcher ni sur la divinité de Jésus-Christ, ni sur le péché, ni sur la grâce !

[28], On la surnomme les « Trois Glorieuses », des 27, 28 et 29 juillet 1830, 3 jours d’insurrection parisienne.

[29] Dès le 1er Aout 1830. Petit fils d’un pasteur « au désert », il s’investit en particulier dans l’éducation, imposant la création d’une école dans chaque commune et d’une école normale dans chaque département.

[30] Essentiellement réparties à Paris et au sud d’une ligne Pau-Genève

[31] Jean-Frédéric Vernier à partir de 1827 dans le Diois (voir sa biographie dans l’onglet « Reveils »)

[32] Ami Bost et la Société des Amis, de Genève (1810), et Felix Neff, dès 1821 à Mens puis dans notre département, où il deviendra « l’apôtre des Hautes alpes ».

[33] La Société Continentale de Londres, qui entreprit la première, l’évangélisation de la France, en particulier avec Charles Cook (1787-1858), le père du méthodisme en France.

[34] Sous le Second Empire, seules deux institutions conservèrent leur liberté : l’Institut de France et le Consistoire Protestant.

[35] Quant aux églises libres, non concordataires, quatorze de ces paroisses s’étaient regroupées pour tenir, en 1849, leur premier synode.

[36] Certains d’entre eux estimant que l’on devait envisager la résurrection d’une façon symbolique ou que la crucifixion était une allégorie.

[37] D’où l’inscription au fronton de la porte principale du temple de Gap (et de quelques autres).

[38] A laquelle s’adjoindront 2/3 des communautés méthodistes et la moitié des Eglises Evangéliques libres dissidentes depuis le concordat, ce qui n‘avait plus lieu d’être depuis les lois de 1905.

[39] En effet, la Déclaration de Foi fut, à la demande des libéraux, précédée du préambule suivant : « Vous lui donnerez votre adhésion joyeusement, comme une libre et personnelle affirmation de votre foi…. Sans vous attacher à la lettre de ses formules, etc… » Ce qui permettait en toute liberté, aux pasteurs d’adhérer et non plus de se soumettre à la Déclaration de foi.

[40] Devenue depuis, l’Unepref.

[41] Ce chapitre a pu être rédigé après lecture des notes historiques consultables sur les sites Internet des deux communautés alésiennes (EPUDF et UNEPREF)

[42] Cette réunification de 1938 étant elle-même génératrice de nouvelles séparations, toujours sur cette question fondamentale de « l’autorité des Ecritures » qui réapparaîtra douloureusement lors de la préparation du synode de Sète en 2015.

[43] Mais de nouveau, le synode de 1938, provoquera une nouvelle scission, l’ERE prenant définitivement ses distances avec l’Eglise Réformée « de France », qui deviendra en 2013, l’Eglise Protestante unie, suite à la fusion avec les luthériens « de l’intérieur ».

[44] Décédé en 1905, cet anti dreyfusard, membre de la « Ligue de la patrie française », connut quelques heures de gloire dans l’ambiance nationaliste précédant la guerre de 14-18.

[45] Qui rassemble encore aujourd’hui, le 1er dimanche de Septembre, entre 15 et 20.000 personnes, dans la châtaigneraie où se déroule le culte.

[46] Qui bénéficie de l’Aura encore vive de son grand père François Guizot.

[47] Le Psaume 68 « Psaume des batailles » chant de ralliement des Camisards, la complainte de la tour de Constance, en provençal.

[48] Ce chapitre a pu être rédigé après lecture de la thèse de doctorat de Michel Mazet (2017) à l’université de Lyon 2 : « Redressés et réveillés, les protestants drômois et ardéchois sous le régime concordataire (1801-1905) » éditée chez Olivetan (2019) et les notes historiques consultables sur le site internet de la paroisse de St Laurent du pape.

[49] Pour les huguenots historiques de ces vallées, dont les ancêtres avaient connu les affres de la répression, mais dont les « petits prophètes » les avaient souvent sauvés des dragonnades, le pentecôtisme mettant en avant les manifestations du Saint Esprit : Guérisons par imposition des mains, exorcismes, glossolalies (parler en langue), était perçu favorablement car indiquant la voie d’un retour à la Réforme des origines. Touchés par ce Réveil, ils s’autoproclameront « les réveillés ».

[50] Soit une durée de plus d’une demi-heure.

[51] Premiers vers du poème de Victor Hugo « à ceux de Juillet », en hommage aux 800 insurgés de 1830 morts lors des 3 Glorieuses.

[52] De 4.200 mots, soit près de ¾ d’heure.

[53] Les pasteurs qui avaient précédé Charles ne dépassaient pas 1 mandat de présence à Saint Laurent, contrairement par exemple au pasteur Louis Dallière, influencé par le courant pentecôtiste des années 1930, dont il deviendra le chef de ce mouvement spirituel en Ardèche, qui restera à Charmes de 1925 à 1962, pasteur de l’ERE d’abord, puis après 1938, il convaincra les paroisses de l’Eyrieux à se rallier à l’ERF.

[54] « On sera revenus pour les vendanges », disaient les paysans appelés au front !

[55] Verdun (Décembre 1916), Chemin des Dames (Juin 1917), Amiens-Montdidier (Aout 1918)

[56] Le pasteur G. Boissonnas dans « Foi et Patrie – La prédication du protestantisme français pendant la première guerre mondiale » par Laurent Gambarotto chez Labor et Fides.

[57] Qui recevra le prix Nobel de la Paix en 1919

[58] Dont on peut retrouver une biographie détaillée sur l’onglet « Histoire », biographies.

[59] Voir son œuvre au Chambon détaillée dans l’onglet « Histoire », Chambon s/Lignon.

[60] Puis au fil du temps, Jean Lasserre (1908-1983), René Cruse (1922-2017), Jean Goss (1912-1991), Hildegard Goss-Mayr (1930-), Ambroise Monod (1938-), Marie-Pierre Bovy.

[61] Le MIR se définit comme un mouvement non-violent inspiré de l'Évangile. Il travaille à l'élaboration et à la diffusion d'une théologie de la non-violence et entend lutter contre la guerre sous toutes ses formes. Il publie, jusqu’à aujourd’hui, les Cahiers de la Réconciliation.( http://mirfrance.org/ )

[62] Ces notes sur la guerre de 14-18 sont consécutives à la lecture du dossier du Musée virtuel du protestantisme (www.museeprotestant.org ) et au « parcours » proposé.

On pourra aussi relire les thèses de Pomeyrol.

[63] Arrière-petit-fils de Jean-Frédéric Vernier, évangéliste du premier Réveil dans le Diois.

[64] J. Cadier en parle p.93 du Matin vient.

[65] Cette période tragiquement passionnante est très bien contée par Madeleine Souche dans un ouvrage publié par les éditions APHPO/CREC, à partir du journal de G. Vernier (www.maison-histoire-aphpo.fr).

[66] La plupart des activités de Charles entre 1921 et 1925 sont puisées à une source intarissable : « Le matin vient » de Jean Cadier, chez Olivetan. A lire absolument.

[67] Jean a 6 ans et Odette 4 ans.

[68] Grâce à un legs, un don important de la famille Morin, une souscription et un emprunt pour le solde, et à la persévérance du prédécesseur de Charles, le pasteur Paul Blanc-Milsand.

[69] Du nom d’une réunion qui se tint en Octobre 1906 à Jarnac. Ce groupe se rattacha ultérieurement aux libéraux en 1912, sous le nom d’Union des Églises réformées. (Jusqu’au synode de 1938)

[70] « Après la prédication, elle se lève et dit: Mes amis, vous me connaissez. Jusqu’à présent, j’ai vécu pour mes affaires, la ferme, le troupeau. Mais, maintenant, j’ai compris. Je veux vivre pour Dieu. » J. Cadier Le matin vient, p.73

[71] En particulier à partir de 2 Chroniques 29.

[72] A lire dans la liste qui suit

Mars 1923 :

La Mission suivante a lieu du 5 au 10 Mars, à Nyons, paroisse animée par le pasteur Maurice Rohr et son épouse Marthe, une femme très pieuse, persévérante dans ses prières.

Nyons étant une grande ville (sous-préfecture), les réunions sont organisées dans une salle de spectacle, le Casino. Une photo[1] montre les pasteurs intervenants : Bordigoni, Eberhardt, Brunet, Charles, Grobety, posant devant leurs motocyclettes, des Alcyonettes.

Rohr et Champendal sont assis dans une quadrilette Peugeot, sur laquelle sont posés des panonceaux pour annoncer les réunions. La voiture circulait dans la ville à grands coups de klaxon, sous l’œil désapprobateur de quelques vieux huguenots.

Du 19 au 24 Mars[2] la Mission s’installe à Dieulefit. Là aussi pancartes et affiches, et même résultat : des conversions, des hommes et des femmes « naissent de nouveau », c’est vraiment le souffle nouveau du Saint Esprit qui passe sur ces assemblées.

[1] Que je n’ai malheureusement pas pu me procurer. Citée dans Le matin vien, p.33/34t.

[2] Le dimanche, chaque pasteur retournait dans sa paroisse pour célébrer le culte

Avril 1923 :

Cette fois, c’est à Montélimar que la Mission s’installe, pour 2 jours, le 30 Avril et le 1er Mai (jour férié), en collaboration avec la Mission Intérieure Évangélique[1], avec Charles en première ligne.


Mai 1923 :

Mission à Puy Saint Martin, situé à une vingtaine de kilomètres de Montélimar, avec le pasteur Samuel Brunet,

Quadrilette Peugeot (commons.wikimedia.org)

Juin 1923 :

Mission à Saint Paul 3 Châteaux, dans le Tricastin, chez Edouard Champendal et son suffragant Ballu.

Partout, c’est la même ambiance, le même résultat, les intervenants ayant le sentiment de participer à une moisson des âmes et d’avoir été entendus par le Seigneur.

Cette atmosphère de piété et de ferveur dans une totale liberté, est accentuée par les chants de réveil, qui remplacent les cantiques et psaumes traditionnels, empruntés au recueil « Chants de victoire », destiné aux réunions d’évangélisation et d’édification ou au recueil « Les ailes de la foi » de Ruben Saillens[2]

[1] Aujourd’hui affiliée aux A.D.D. (pentecôtistes)

[2] Qui venait de fonder en 1921 l’association des églises baptistes de France. Il décèdera en 1945.

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