Prédications Protestantes dans les Alpes du sud 

Dimanche 06 Mars 2016

4ème Dimanche de Carême * Culte à Gap (05000)

Lecture :

Exode 18,13-26

Nous avons changé d’époque !

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Nous ne nous en sommes pas rendu compte. Nous ne savons ni où, ni quand, ni comment cela a commencé, nous ne pouvons pas dire qui en est à l’origine, mais nous le vérifions chaque jour, les modèles hérités du 20ème siècle ne marchent plus. Que ce soit en économie, en politique, en entreprise, nous aspirons à de nouvelles façons de faire. Longtemps, très longtemps, notre société était organisée de façon pyramidale, avec un grand-chef au sommet, puis des sous-chefs, des sous-sous-chefs jusqu’au chef de rien du tout jusqu’en bas.

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Toute la société répondait à ce modèle. Elle était une succession de pyramides. La famille, avec son chef de famille, le père, puis la mère, souvent au foyer, puis les enfants qui devaient se taire.

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L’entreprise, avec son chef d’entreprise, puis ses cadres, puis ses agents de maîtrise, ses contremaîtres, ses employés et ses stagiaires qui devaient se taire.

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La nation, avec le chef de la nation, puis ses ministres, puis ses fonctionnaires, puis ses citoyens qui devaient se taire.

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Les nouvelles technologies, qu’on le veuille ou non, ont bouleversé ce système pyramidal. Chacune et chacun peut désormais interroger, interagir avec le reste de la société et du monde.

C’est le modèle que présente ce texte. Le beau-père de Moïse, Jethro, invente par hasard, à l’occasion d’une belle après-midi de retrouvailles en famille au milieu du désert, le modèle pyramidal qui est encore à ce jour le modèle le plus utilisé.

Même les Eglises n’y échappent pas. Qu’elles soient protestantes, catholiques ou orthodoxes, le modèle pyramidal où le pouvoir se transmet en cascade du sommet jusqu’à la base est bel et bien présent, de manière plus ou moins explicite, de manière plus ou moins officielle.

C’est normal, puisque les personnes qui font les Églises ne sont pas d’autres personnes que celles qui font la société. Nous n’avons pas deux cerveaux, l’un pour le monde et un autre pour l’Église. Et tant mieux, car c’est ainsi qu’en changeant notre manière de comprendre la vie, Dieu nous offre de changer le monde aussi.

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Ce que Jethro invente et que Moïse installe, c’est cette organisation pyramidale où les tâches secondaires sont déléguées à des échelons inférieurs pour concentrer les fonctions capitales à la tête de l’organisation.

L’avantage d’une telle structure, c’est son efficacité. Désormais Moïse n’a plus besoin d’étudier chaque cas, se prendre la tête pour chaque situation, et le peuple n’a plus besoin de rester debout toute la sainte journée.

Le système de Jethro est un système qui marche, au pied de la lettre, puisque le peuple peut continuer d’avancer dans le désert tout en réglant ses difficultés et ses conflits.

Comme une armée, organisée en compagnies, bataillons, régiments, Israël peut affronter toutes les adversités. Il a beau fuir l’Egypte, Israël redonne à sa société la forme d’une pyramide.

Moïse est un peu le nouveau pharaon de cette société, qui nomme des chefs de mille, de cent, de cinquante et de dix pour s’occuper des affaires secondaires, le libérant pour représenter le peuple auprès de Dieu et représenter Dieu auprès du peuple.

Mais l’inconvénient de ce modèle pyramidal, c’est celui de démobiliser, de déresponsabiliser celles et ceux qui n’ont aucun pouvoir, celles et ceux qui ne sont chefs de rien et aussi de donner beaucoup d’importance aux « petits chefs » qui se prennent pour Dieu.

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Et j’affirme que dans notre Église locale, c’est ce modèle que la plupart d’entre vous avez en tête.

Qui est Moïse dans notre Église ?

Moi, le pasteur, l’homme de Dieu ? Jacqueline, la présidente ?

Christian, l’homme à tout faire ?

Le pasteur Guy Rousseau, l’idole des… anciens jeunes ?

Toi, peut-être, qui ne dis jamais rien mais qui n’en pense pas moins ?

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Qui est Moïse ?

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Qui est celui à qui nous donnons la tâche de nous guider ?

Qui est celui dont je dis du mal parce qu’il ne répond pas à mes attentes ?

Qui est celui que je n’aime pas parce qu’il ne fait pas, ne dit pas ce que j’attends de lui ?

Qui est ce Moïse que je suis bon gré mal gré ?

Peut-être qu’il y a du Moïse en chacune et chacun de nous, et que nous acceptons mal qu’un autre nous prenne cette place.

Oui, nous avons forcément un Moïse dans la tête !

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Et si nous changions de modèle parce que nous avons changé d’époque ?

Et si nous avancions comme on avance de l’Ancien au Nouveau Testament ?

Et si nous quittions le 20ème siècle pour entrer de plein pied dans le 21ème ?

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Je vois une Église coopérative je propose mon idée, mon projet, mon rêve, mon intuition pour qu’elle nourrisse mon Eglise.

Je vois une Église incitative où je donne envie à d’autres de venir avec moi au culte, aux études bibliques, aux ateliers que mon Eglise propose.

Je vois une Église festive où les cultes expriment la force de notre joie et notre foi dans un monde si anxieux, si sérieux, si pessimiste.

Je vois une Église enthousiaste qui ne se dit pas d’abord « pourquoi faire ? » mais « pourquoi ne pas faire ? ». Une Eglise qui y croit et pas une Église qui doute et qui boude.

Je vois une Église spirituelle qui remet le silence, la prière et la méditation des textes bibliques au cœur de sa vie. Une Eglise qui réfléchit, qui pense, qui questionne, qui apprend, qui grandit.

Je vois une Église bienveillante où nous pouvons débattre dans le calme, se dire les choses avec tact et intelligence, dire son désaccord sans claquer la porte, se laisser surprendre sans dire pis que pendre.

Je vois une Église ouverte sur le monde, tel qu’il est, et pas je voudrais qu’il soit. Ouverte sur les jeunes et leurs attentes ; ouvertes sur les plus vieux aussi et leurs besoins ; ouverte sur la société parce que l’Église n’est pas, n’a jamais été même si nous l’avons longtemps cru, un club de croyants, une amicale de chrétiens qui appartient à ses cotisants.

Je vois une Église accueillante où on me laisse de la place, où on me dit « bienvenue », où l'on me reconnait comme un frère, une sœur, et pas comme un intrus – « c’est qui ? » – … une Église ou j’ai envie de revenir parce que je m’y sens bien.

Je vois une Église innovante qui essaye au lieu de renoncer, qui tente, qui teste, qui cherche, qui invente de nouvelles façons de dire ce qu’elle croit, de protester de ses convictions.

Cette Église, elle existe déjà. Pas à Gap ou à Trescléoux, loin de là ! Comme on dit dans le monde du travail : nous avons une marge de progression.

Cette Église, c’est celle du Christ qui fait de chacune et chacun de nous des prêtres du royaume de Dieu.

Cette Église, nous y sommes déjà. L’Église de Dieu qui nous a fait quitter le monde des pyramides, qui nous a ouvert la porte de son royaume de liberté, d’amour et de vie.

Cette Église, nous la sommes déjà :

Notre Moïse, c’est le Christ.

Notre guide, c’est la Liberté.

Notre chef, c’est la Joie, c’est la Vie.

Alors bye bye les pyramides !

Vive l’Église du 21ème siècle !

Ici, maintenant.

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Amen !

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Pr Arnaud Van Den Wiele

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