Prédications Protestantes dans les Alpes du sud 

DIMANCHE 07 FÉVRIER 2021

Serres (05700)

Lectures du Jour :

Job 7, 1-7

Marc 1,29-39 (Voir méditation du 8-févr-15)

1 Corinthiens 9, 16-23

De la révolte à la foi

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Ce matin, parmi les 3 textes qui nous ont été proposés, je voudrais vous parler de Job, à travers ce livre singulier de l’A.T. dont nous avons lu quelques versets.

Job ! Tout de suite vous vient aux lèvres cette expression : Pauvre comme Job ! Que même Brassens a reprise dans une de ses chansons.

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Pauvre comme Job !

Et pourtant en ouvrant ce livre, voici ce que nous dit le prologue (1), et en le refermant, voici ce que nous dit l’épilogue (2).

Alors, pourquoi cette expression ? C’est qu’entre temps il est arrivé à Job ce qui arrive un jour ou l’autre à chacune de nos familles : une maladie, évidement incurable qui arrive de nulle part, un accident de voiture qui vous enlève un être cher, parent, frère, sœur alors que vous alliez à un repas de famille, le suicide d’un enfant.

Ce peut être aussi un évènement extérieur qui détruit en un instant l’œuvre de toute une vie.

En une seconde tout s’écroule devant vous, qui ne demandiez rien à personne, rien d’autre que de poursuivre votre vie, sereine et heureuse.

Et viennent les questions : Pourquoi, comment une telle « injustice » est-elle possible ?

Contrairement à une idée assez répandue, le livre de Job ne prétend pas donner une réponse à ces questions qui soulèvent celle du mystère de l’origine du mal ni celle de la souffrance injuste, mais il tente d’éclairer quelles relations nous conservons avec notre Dieu, dans de telles circonstances, ce qui revient à nous poser la question :

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En quel Dieu croyons-nous ?

C’est tout le problème de Job, soumis à une spirale sans fin : son bétail, ses serviteurs, sa maison, ses fils, lui sont enlevés. Malgré cela, Job, qui est présenté comme un homme intègre et droit, craignant Dieu, se détournant du mal, qui offre des sacrifices chaque fois que ses fils commettent un péché, malgré ce qui lui arrive, Job garde sa confiance en Dieu et prononce cette phrase terrible qui indique on ne peut plus clairement en quel Dieu Job croyait : Le SEIGNEUR a donné, le SEIGNEUR a repris, béni soit le nom du SEIGNEUR ! (3)

Ce qu’il explique ainsi à sa femme qui se rebellait : Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu. Alors pourquoi refuserions-nous le malheur ?

A ce stade, il faut revenir sur le contexte de l’écriture de ce livre :

Le livre de Job a été écrit juste après le retour d’exil du Peuple, ces 60 ans de déportation (de -597 à -538) après la victoire du roi de Babylone. Ce fut un traumatisme encore vivace aujourd’hui. Le Peuple hébreu (le Peuple élu) avait tout perdu : son roi, sa terre, la terre promise donnée par Dieu à Moïse, son Temple, détruit par Nabuchodonosor (-587), et peut-être même son Dieu, dont le silence inquiète le Peuple. Alors s’est élevée une complainte :

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Comment ? Comment cela a-t-il pu se produire ? Pourquoi ?

Alors nait une explication : Tout ce qui nous arrive est une punition que Dieu nous inflige, non pas pour nos péchés mais pour ceux de nos pères. Il nous faut expier ces fautes pour que Dieu se tourne de nouveau vers nous.

Tandis que les prophètes comme Ésaïe (le second), Jérémie, Ézéchiel, eux aussi déportés essaient de leur faire abandonner ce type de raisonnement, un poète anonyme développe exactement le contrepied de cette idée dominante à travers ce livre de Job, composé de 39 poèmes, qui sont autant de dialogues en vers.

Job, bien qu’il soit présenté comme un étranger au peuple juif, habitant le pays d’Uts, est l’image même du Peuple, prospère et ayant sauvegardé la paix, soumis brutalement à l’impensable : la défaite et la déportation.

Le poète va assez loin dans sa démonstration. Après avoir présenté la prospérité de Job, il imagine un dialogue entre Dieu et le diable qui n’est pas ce personnage cornu, avec des pieds de bouc, mais simplement cette petite voix qui vous susurre le doute à l’oreille.

Et cette petite voix susurre à l’oreille du Seigneur l’idée que Job est fidèle à Dieu uniquement parce qu’il est prospère, mais s’il perd tout et devient misérable, ne va-t-il pas le maudire ? En résumé, Job honore-t-il Dieu « pour rien », ou pour quelque chose ? Sa crainte de Dieu n’est-elle pas guidée par un principe, le principe de rétribution, ce qui est exactement la théologie du Peuple Hébreu en exil.

Sauf que notre Dieu n’est pas celui-là et ce sera toute la démonstration de ce livre.

Quoiqu’il en soit, Job, malgré cette cascade de catastrophes reste fidèle à son Dieu, y compris lorsque c’est lui-même qui est touché, dans son corps, Je n’ai pu m’échapper qu’avec la peau de mes dents, dit-il en 19/20, il persiste dans sa confiance en Dieu, ce qui lui fait dire au v. 25 : Pour moi, je sais que mon rédempteur est vivant et qu’à la fin il se lèvera sur la terre.

Si Job rendait grâces à son Seigneur lorsqu’il était comme protégé dans un enclos de bénédictions, cet excès de malheurs qui l’accablent n'entraîne pas pour autant son éloignement de Dieu, malgré cette nuit qui semble sans fin et lui fait dire quand finira la nuit ? (v.4).

Mais Job ne comprend toujours pas pourquoi ? L’origine du mal restera pour lui un mystère comme elle l’est aussi encore pour nous aujourd’hui.

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Les faux amis

Mais voilà que 3 de ses amis qui viennent le voir, normalement pour lui mettre du baume au cœur, se mettent en tête de lui expliquer pourquoi il est assailli de tant de malheurs.

Pour eux l’affaire est entendue : Est-ce à cause de ta piété que Dieu te châtie et qu’il te juge ? Bien sûr que non.

Et ils poursuivent : Certes ta méchanceté est grande et tes iniquités sont sans nombre, mais réconcilie-toi avec ton Dieu et le bonheur te sera rendu.

Il est clair que ce type de raisonnement ne peut que conduire à une impasse, mais qui n’a jamais dit à son enfant tombé d’un parapet où lui avait été défendu d’aller : C’est le Bon Dieu qui t’a puni !! Ou qui n’a jamais entendu cette expression : « qu’ai-je fait au Bon Dieu pour mériter ça ? » 2000 ans après la venue de JC, cette théologie de la rétribution n’est pas encore totalement éteinte.

Mais Job se rebelle. Il réfute le raisonnement de ses amis : Vous êtes des consolateurs fâcheux (16/3), vous trouvez en moi la cause de mon propre malheur, mais prenez garde, craignez le glaive pour vous-mêmes (19/28), et il persiste à déclarer il n’y a pas d’iniquité en moi !

C’est alors qu’intervient un 4ème ami qui prend un tout autre angle d’approche.

En premier lieu il renvoie les trois premiers en leur reprochant d’avoir condamné Job sans être capables par ailleurs de pouvoir expliquer ce qui lui arrive.

Mais Job n’en est pas quitte pour autant et Elihu ne cherche pas à savoir si Job mérite ou ne mérite pas ce que les autres voient comme un châtiment, mais il lui met sous les yeux son point faible : Ce n’est pas à lui de s’autoproclamer juste, mais c’est à Dieu seul d’en décider.

Mais Job n’en démord pas. Il continue de se proclamer pur, sans péché, irréprochable, et pourtant, si Dieu cherche des occasions de le condamner, c’est que Dieu s’est trompé.

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Voilà la clé de ses tourments : Dieu s’est trompé !

Dialogue avec Dieu

Et Job exige désormais d’en débattre directement avec Dieu pour lui faire admettre qu’il n’y a aucune iniquité en lui, et que Dieu doit lui rendre Justice.

Et Dieu va accorder ce face-à-face avec Job, mais très vite Il va lui mettre les points sur les "i" : S’est-il fait naître lui-même, peut-il allonger d’une seconde sa propre vie, peut-il commander aux animaux sauvages, aux éléments naturels ? Job, tu n’es qu’une créature qui demande des comptes à son créateur !

Que peux-tu répondre à cela, toi le censeur, l’accusateur de Dieu ?

Alors pour la première fois Job va prendre conscience de la vanité de son entreprise, de l’orgueil de sa posture et pour la première fois, il va entrer dans une démarche de repentir : J'ai parlé, sans les comprendre, de merveilles qui me dépassent et que je ne peux même pas imaginer. Mais maintenant mon œil t'a vu, c'est pourquoi je me condamne et je me repens (42/3-6).

Et à partir de là, Dieu le bénit et le rétablit dans sa situation initiale, sans oublier d’exiger de ces trois amis qui ont eu la prétention de condamner Job en son nom, de faire amende honorable.

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Conclusion

En cheminant avec Job, on approfondit la question de savoir si notre relation avec Dieu est une « relation pour rien ». Face à cette théologie de la rétribution, encore prégnante aujourd’hui, où la justice de Dieu serait une justice distributive, apparaît l’idée d’une justice divine différente de la justice des hommes, fondée sur la gratuité et le don.

Et en ce début de Carême, le choix du livre de Job n’est pas anodin.

Il nous conduit à vraiment nous imprégner de ce don promis, par cette mort de Jésus Christ, une mort par substitution, qui nous libère de toute culpabilité, nous permet de rester debout même lorsque le malheur nous frappe car alors c’est Jésus qui nous porte.

Dieu n’est ni dans le mal, ni dans la souffrance. Dieu est dans l’amour, un amour fou, un amour qui nous sauve et nous réconcilie avec Lui.

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Amen !

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François PUJOL

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1. Il y avait, au pays d’Ouç, un homme du nom de Job. Il était intègre et droit, craignait Dieu et s’écartait du mal. Sept fils et trois filles lui étaient nés. Il possédait sept mille moutons, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses et une très nombreuse domesticité.

2. Le SEIGNEUR bénit les nouvelles années de Job plus encore que les premières. Il eut quatorze mille moutons et six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses. Il eut aussi sept fils et trois filles. Job vécut encore après cela cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils jusqu’à la quatrième génération.

3. Je ne m’imaginerais pas prononcer cette phrase, car ce Dieu-là ne serait pas le mien.

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