Prédications Protestantes dans les Alpes du sud 

DIMANCHE 23 mai 2021

Culte de Pentecôte  

Lectures du Jour :

Actes 2, 1-11 (Voir sur notre site méditations du 31-mai-09, 31-mai-10, 24-mai-15)

Galates 5, 16-25 (Voir sur notre site méditation du 27-mai-12)

Jean 15, 26-27 & 16, 12-15 (Voir sur notre site méditation du 26-mai-13)

Joël 3, 1-5

Vivre Selon l’Esprit !

Pourquoi Joël ?

Pourquoi avoir ajouté Joël aux lectures habituelles proposées pour un culte de Pentecôte, en particulier celle des Actes des Apôtres, largement commentée ?

D’une part, ce qui pourrait nous intriguer c’est que toute la semaine prochaine, soit du 25 au 29 Mai, nos lectures quotidiennes dans la liste « la Bible en 6 ans »[1] sont consacrées à Joël.

Ce prophète aurait-il donc quelque chose à voir avec la Pentecôte ? Une partie de la réponse se trouve juste après la lecture proposée dans le livre des Actes. Si nous poursuivons notre lecture au-delà du verset 11, nous abordons le « discours de Pierre »[2], prononcé devant plusieurs milliers de juifs venus à Jérusalem pour la fête de Chavouot[3]. Et nous l’entendons dire ceci :

« Hommes de Judée, et vous tous qui résidez à Jérusalem, comprenez bien ce qui se passe et prêtez l’oreille à mes paroles. Non, ces gens[4] n’ont pas bu comme vous le supposez : nous ne sommes en effet qu’à neuf heures du matin ; mais ici se réalise cette parole du prophète Joël » et il reprend mot à mot[5] les cinq versets du chapitre 3 du livre de Joël.

Nouveau sujet d’étonnement : Qu’est-ce qui a conduit Pierre à citer Joël, parmi les 27 prophètes qui se sont exprimés dans l’A.T., chez qui l’on retrouve déjà non seulement plusieurs mentions du Saint Esprit, mais surtout de très nombreuses occurrences de l’expression souffle de Dieu ou esprit de Dieu.

Certes, Joël est un prophète dont on ne sait rien de particulier, sinon qu’il est le fils de Petouël, ce qui est plus une énigme qu’autre chose. La datation de ce texte est également problématique, certains exégètes voient dans le v.4 de notre lecture une éclipse totale du soleil et sondent les calendriers astronomiques, d’autres recherchent une correspondance chronologique dans le v.4 du chap. 4, avec les références aux villes Phéniciennes[6] de Tyr et Sidon et aux états Philistins[7], d’autres enfin, situent ces prophéties après le retour d’exil et la reconstruction du Temple[8], soit autour de l’an -400. D’autres exégètes en sont même venus à envisager que Joël serait le nom d’un collectif de prophètes proches du Temple.

Quoi qu’il en soit, puisque ce petit livre[9] de 4 chapitres a été jugé digne de figurer dans le canon de l’A.T., c’est que l’important est ailleurs.

En effet, l’intérêt que représente le livre de Joël est qu’en 4 petits chapitres, il explique mieux que d’autres ce que sont l’ancienne et la nouvelle alliance, quels sont les évènements qui les caractérisent, et quel est l’évènement majeur à l’origine de ce changement d’alliance, dans un style qui emprunte beaucoup au « genre apocalyptique » mais qui se place dans une perspective eschatologique, c’est-à-dire dans l’attente de fins dernières au dénouement heureux pour ceux qui seront restés fidèles à YHWH, promesse s’adressant tout autant « aux nations » qu’au peuple juif lui-même.

Le jour du Seigneur

Ses deux premiers chapitres sont consacrés à l’ancienne alliance, celle scellée entre Dieu (YHWH) et Moïse. Le don des tables de la Loi sera suivi d’une succession d’alternances d’infidélités[10] et de retours vers le Seigneur, qui commenceront dès la descente de Moïse du Sinaï, et se poursuivront jusqu’à ces évènements majeurs que seront la destruction et l’annexion du royaume du Nord, la Samarie, par les Assyriens (en -722) puis plus tard la défaite du roi de Judée[11] face aux Babyloniens et la déportation de son élite à Babylone durant 70 ans. Ces deux évènements majeurs sont compris par le Peuple comme un jugement et une sanction de son infidélité.

Le chapitre 1 commence par un rappel de Joël aux « anciens », de calamités encourues jadis[12], dont il faut se rappeler. Puis il annonce l’attaque du pays par un peuple « puissant et innombrable »[13] (1, 6) qui, semblable à une nuée de sauterelles[14] ne laissera que désert et désolation derrière lui. La vigne et le figuier, symboles du peuple hébreu lui-même, seront détruits, signe d’un inévitable désastre total.

Ce jour de désolation et de ténèbres est proclamé par Joël comme le jour du Seigneur face aux iniquités perpétrées par le Peuple. Jour où le Seigneur laissera libre cours à sa colère.

Mais ce jour de colère peut se transformer en jour de rédemption si le peuple revient vers le Seigneur, abandonne ses comportements iniques et ses transgressions par un repentir sincère, s’il accompagne ce dépouillement matériel d’un dépouillement spirituel en « déchirant son cœur » et non plus seulement ses vêtements, en jeûnant et en priant.

A ceux qui se dépouilleront totalement de leur « vieil homme »[15], le Seigneur pourra accorder sa bienveillance et sa miséricorde, selon sa promesse[16]. Ils pourront alors devenir un « homme nouveau », au bénéfice de la bénédiction du Seigneur, auquel ils seront liés de façon irrévocable.

L’effusion de l’Esprit

Et Joël enchaîne avec l’annonce de la Nouvelle Alliance : « après cela[17] », cette bénédiction se manifestera d’une façon particulière. Le Seigneur répandra son Esprit sur tout être. Y compris sur les servantes et les serviteurs (les esclaves), il répandra son esprit (3, 1-2). Voilà ce que nous dit Joël, quelques siècles avant que Pierre ne prenne la parole.

Et Pierre voit autre chose dans la prophétie de Joël. Il y voit l’annonce de l’ultime jour de colère du Seigneur[18], lorsque les hommes devant lesquels Pierre parle, ont assassiné, 50 jours plus tôt, Jésus le Christ de Dieu, répandant son sang (3 v.4) le sang de l’agneau[19]. L’obscurité suit la mort du Christ, les ténèbres se répandent sur toute la terre durant 3 heures[20], le voile du Temple se déchire, la terre tremble, des morts ressuscitent et entrent dans la ville[21].

Mais le sang du Christ précède ce jour grand et glorieux où le jour de colère du Seigneur se transforme en jour de rédemption pour l’Humanité : Quiconque se dépouillera de son ego, changera le regard qu’il/elle porte sur lui/elle-même et sur les autres[22], celui-là, celle-là, après s’être « départi de soi », pourra recevoir le Saint Esprit, retrouver la présence bienveillante du Seigneur et s’épanouir dans sa véritable humanité, c’est-à-dire redevenir qui il/elle est vraiment.

On comprend dès lors que Pierre, qui n’avait à sa disposition que les textes de l’A.T., se soit emparé de cette prophétie de Joël pour donner leur plein sens aux évènements dont il était, avec ses 120 compagnons, un acteur malgré lui, poussé par ce souffle[23] nouveau, le souffle du Saint Esprit.

Sauvés

Joël termine sa prophétie par Alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Il souligne ainsi le rôle primordial de la prière, seul moyen de communication avec le Seigneur. Mais nos contemporains qui veulent tout savoir nous diront « sauvé de qui, de quoi » ?

De quoi ?

Contrairement à une idée assez répandue, il ne nous sauvera pas des vicissitudes de la vie[24], des accidents de parcours, des drames que subit tour à tour chaque famille. Mais il nous donnera les armes, la force nécessaire pour ne pas sombrer, ne pas être engloutis par ces évènements mortifères. Et cela parce qu’il sera dorénavant à nos côtés, comme le décrit si bien ce poème d’Adhémar de Barros.

Et au bout de notre vie terrestre, il nous sauvera du néant, car Dieu ne nous a pas créés comme des êtres aussi complexes, capables de spiritualité et habités par la pensée de l’éternité, pour être réduits finalement au néant.

Et puis il y a cette promesse L’esprit Saint demeurera éternellement avec vous[25]. Même si j’ignore totalement comment cela se produira, j’attends ce moment de retour vers l’Eternité de Dieu, avec confiance. C’est la définition de l’Espérance, mon Espérance.

De qui ?

Répondre à cette question est plus facile, car vivre en présence du Saint Esprit nous sauve de nous-mêmes, de tout ce qui structure ou déstructure la vie de nos contemporains, le moi d’abord, l’avoir plutôt que l’être, l’ostensible, l’affirmation de soi, le toujours plus, le déni devant ce que l’on ne comprend pas, autant de traits exacerbés en ce temps de pandémie où l’on a entendu tout et son contraire à quelques jours d’intervalle, où la cohésion sociale est partie en lambeaux, où l’on nous a recommandé de nous méfier de nos voisins, où les plus fragiles et vulnérables de nos frères sont passés sous les radars[26].

Voilà tout ce dont nous « sauve » de marcher selon l’Esprit[27] : l’assurance d’un salut individuel, pour nous ouvrir à une nouvelle façon de vivre qui ne conduit pas à la mort, et qui peut déboucher si nous sommes suffisamment persévérants et fidèles, sur le salut de l’Humanité toute entière. Il y a urgence !

Conclusion

Le Saint Esprit, impalpable, imprévisible, mais bien présent si l’on sait observer[28], fait de Jésus, depuis son Ascension, un Absent-Présent, selon sa promesse je ne vous laisserai pas orphelins… mon Père vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous, accomplissant une autre prophétie du prophète Ezéchiel cette fois :

Je vous donnerai un cœur nouveau,

et je mettrai au dedans de vous un esprit nouveau[29]

Amen !

François PUJOL

Des pas sur le sable

J’ai eu un songe, le soir de Pentecôte.

J’ai rêvé que je marchais le long d’une plage, en compagnie du Seigneur.

Dans le ciel apparaissaient, les unes après les autres, toutes les scènes de ma vie.

J’ai regardé en arrière et j’ai vu qu’à chaque scène de ma vie, il y avait deux paires de traces sur le sable: L’une était la mienne, l’autre était celle du Seigneur.


Ainsi nous continuions à marcher, jusqu’à ce que tous les jours de ma vie aient défilé devant moi.

Alors je me suis arrêté et j’ai regardé en arrière. J’ai remarqué qu’en certains endroits, il n’y avait qu’une seule paire d’empreintes, et cela correspondait exactement avec les jours les plus difficiles de ma vie, les jours de plus grande angoisse, de plus grande peur et aussi de plus grande douleur.


Je l’ai donc interrogé : " Seigneur… tu m’as dit que tu étais avec moi tous les jours de ma vie et j’ai accepté de vivre avec Toi. Mais j’ai remarqué que dans les pires moments de ma vie, il n’y avait qu’une seule trace de pas.

Je ne peux pas comprendre que tu m’aies laissé seul aux moments où j’avais le plus besoin de Toi. "


Et le Seigneur répondit : " Mon fils, tu m’es tellement précieux ! Je t’aime ! Je ne t’aurais jamais abandonné, pas même une seule minute !


Les jours où tu n’as vu qu’une seule trace de pas sur le sable, ces jours d’épreuves et de souffrances, eh bien c’était moi qui te portais. "


Adhémar de Barros[30] (1901-1969)

[1] Programme de lecture proposé par l’Alliance Biblique Française et la Fédération Protestante de France (www.alliancebiblique.fr)

[2] Actes 2, 14-41.

[3] L’une des 3 Fêtes juives, accompagnées de la prescription d’un pèlerinage à Jérusalem, célébrant le don des tables de la Loi à Moïse sur le Sinaï, 50 jours après la traversée de la mer rouge (Pessah). Chavouot est également la fête des prémices avant la fête des récoltes (Souccot) qui se tiendra à l’automne.

[4] Les 120 disciples qui accompagnaient Pierre et sortaient de la maison de Marie (la mère de Marc).

[5] Ou presque, voir infra.

[6] L’actuel Liban

[7] Ce qui situerait Joël au VIIIème siècle avant J.C. Le Pays Philistin correspond exactement, à quelques kilomètres carrés près, à l’actuelle bande de Gaza, avec ses villes historiques de Gaza et Ashkelon.

[8] v.9, chap.1

[9] Placé au cœur des 12 « petits prophètes », à la fin de l’A.T.

[10] Psaumes 78:40 : Que de fois ils se révoltèrent contre lui dans le désert! Que de fois ils l'irritèrent dans la solitude!

[11] Sédécias : né en - 618 est le dernier roi de Juda. Sous son règne, sa capitale Jérusalem est détruite et son peuple déporté. Il est contemporain du prophète Jérémie.

[12] Chap.1, v. 2 à 4

[13] Selon la datation du livre de Joël, il peut s’agir de l’un des 3 empires sui se sont succédés au Nord d’Israël : Assyriens, puis Babyloniens, et enfin, Perses. Au sud on a l’Egypte, puis les conquêtes d’Alexandre (le Grand).

[14] Et ce n’est pas qu’une allégorie : Tout récemment, une nuée de criquets pèlerins a traversé la Corne de l’Afrique jusqu’au centre du Kenya, menaçant la production agricole et la sécurité alimentaire. Ce sont des centaines de milliards d’insectes regroupés en gigantesques essaims allant jusqu’à 60 kilomètres de long sur 40 kilomètres de large, qui ont dévoré toute la végétation sur leur passage. Ils peuvent « manger l’équivalent de la nourriture consommée par 80 millions de personnes en un seul jour ».

[15] Dans les lettres de Paul :

Colossiens 3, 10 : N'usez point de mensonge les uns envers les autres, puisque vous avez dépouillé le vieil homme avec ses œuvres, et revêtu l'homme nouveau, qui se renouvelle sans cesse à l'image de celui qui l'a créé. Dans ce renouvellement il n'y a plus ni Grec ou Juif, …, ni esclave ou homme libre; mais le Christ, qui est tout en tous.

Ephésiens4, 22 : il faut vous dépouiller, eu égard à votre vie passée, du vieil homme qui se corrompt par des convoitises trompeuses, afin que vous soyez renouvelés dans l'esprit de votre intelligence, et que vous revêtiez l'homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté que produit la vérité.…

[16] Ézéchiel 33:11 : Je suis vivant! dit le Seigneur, l'Eternel, ce que je désire, ce n'est pas que le méchant meure, c'est qu'il change de conduite et qu'il vive. Revenez, revenez de votre mauvaise voie, et je reviendrai vers vous.

[17] Ce qui confirme qu’il n’y a pas de grâce sans repentance.

[18] Ultime manifestation de l’ancienne Alliance : Lorsque Joël écrit « après cela », Pierre dit « dans les derniers jours ».

[19] Voir Esaïe 53.

[20] Luc 24, 45

[21] Matthieu 27, 51.

[22] C’est le sens même du « repentir »

[23] Le mot Esprit traduit dans le Nouveau Testament le mot grec Pneuma, littéralement « Souffle ». Mot que l’on trouve dès la Genèse, par ce souffle qui donne la vie. Dans le N.T. le jour de sa résurrection, Jésus retrouve les disciples dans la chambre haute et leur dit « La paix soit avec vous ! ... Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit ».

[24] Quel serait ce Dieu qui proposerait une « assurance tous risques » à ses seuls fidèles ?

[25] Jean 14, 16-17

[26] L’Etat laissant le soin de s’occuper de ces « derniers de cordée » à des citoyens bénévoles, solidaires de leurs frères en humanité. « Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites » (Matthieu 25, 40)

[27] Voir dans nos lectures, Galates 5, 16 : Je dis donc: Marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de votre propre nature.

[28] Comment expliquer autrement la vie, l’énergie vitale de certains de nos contemporains comme MLK, l’abbé Pierre, sœur Teresa et tant d’autres ou comme les pasteurs Trocmé et Theiss qui ont pu sauver des centaines d’enfants juifs au Chambon / Lignon, avec tous les habitants du Haut Plateau, durant des années ? Voir à ce propos, la note de lecture du Père Pierre Fournier sur Le Chambon durant la seconde guerre mondiale (dans menu Histoire).

[29] Ezéchiel 36 v.26

[30] La paternité de ce très beau poème est encore contestée : certains l’attribuent à Charles Spurgeon (1834-1892), pasteur baptiste anglais, d’autres à Mary B.C. Slade (1826-1882) américaine du Massachusetts (L’état des Pères pèlerins, arrivés dans la baie de Plymouth à bord du Mayflower, en 1620), épouse de pasteur, autrice de nombreux cantiques, psaumes et poèmes.

s Jonas (3, 1-10), voir méditations

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