Prédications Protestantes dans les Alpes du sud 

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Culte d'ouverture du synode régional -Grasse

Textes Bibliques :

Luc 23, 35-43

Romains 8, 37-39

Nos Certitudes

Je suis certaine que dans les villes d'où vous venez, les services de la mairie ont déjà mis

les illuminations de Noël dans les rues !

Dans une semaine, nous allons entrer...dans l'avent !! Ah ! Le bonheur !!! Les petits

biscuits à l’anis, le vin chaud, les « d'un arbre séculaire »: que du bonheur !

Mais alors pourquoi, chaque année, le dimanche précédant l'avent, l'avant de l'avent,

quoi, ceux qui font la liste des lectures bibliques nous font tomber dans la crucifixion?

Ca a un petit côté barbare ou rabat-joie...presque...calviniste : ah! Tu veux te réjouir de la

venue de Noël ? Vlan ! Pour calmer tes ardeurs, voilà la croix.

On pourrait se consoler cette année en se disant que forcément, avec ce cheminement

vers l'union entre l'Eglise luthérienne et l'église réformée, on va se pencher sur la

théologie de la croix...pour faire plaisir aux luthériens...

Il n'empêche : on oublie souvent, et les textes sont là pour le rappeler, que de la naissance

de Jésus jusqu’à sa résurrection, en passant par sa mort sur la croix, il y a un fil rouge,

logique, logique d'amour, celui de Dieu, celui du Dieu de Jésus-Christ, pour toute

l’humanité. Et pas quelques petites tranches de vie dans lesquelles on peut piocher celles

qui nous plaisent le plus !!!

Avec ce récit, je voudrais aborder ce matin ce qui doit faire notre certitude, ce qui doit

nous coller à la peau dans nos vies et nos vies d'Eglise, les fondements sans lesquels rien

n'a de sens, de vrai sens.

Ainsi, dans le texte rapporté par Luc, Jésus Christ est central. Sur une croix.

Curieusement, son attitude semble sereine. Il parle. Alors que la crucifixion était un

mode de mort lente qui étouffait le supplicié, lui,...Il parle ; et il parle sereinement. Il y a

dans le récit de Luc véritablement un accomplissement. Le Christ, après avoir demandé

que cette coupe soit éloignée, va accomplir le geste le plus fou d'amour: laisser l’humain

tenter de faire taire la Parole incarnée.

Le Christ est central, comme dans la mangeoire à animaux dans laquelle il naît.

C’est bien dans la faiblesse que s’accomplit la force de Dieu. Né au milieu des animaux ;

mort au milieu des brigands. Comment Dieu a-t-il pu accepter ça, si ce n'est par amour ?

L'amour de Dieu est une certitude.

Est-ce qu'on se rend compte parfois que cet amour que Dieu nous porte est allé au-delà

de toute décence ? Nous qui cherchons la petite bête dès qu'on ne se sent pas traité

comme il faudrait, nous trouvons normal que Dieu s’incarne dans la peau d’un

nourrisson naissant dans une mangeoire à bêtes ;nous qui montons sur nos « grands

chevaux » dès que nous nous sentons quelque peu humiliés, nous n'affichons qu'un

intérêt qu'enfantin lorsque nous lisons que Jésus est arrivé à Jérusalem sur un mini-âne!

Alors après, quand il s'agit de cette dimension d'amour qui va jusqu'à endurer la

torture…Il en faut, de l’amour, pour qu’un Dieu accepte ça…

Le Christ est central mais se décentre de lui-même ; comme à la tentation au désert, où le

malin l’encourage à agir pour lui-même, les soldats, les magistrats, et un de ses

compagnons de mort lui disent de se sauver lui-même, de s’occuper de lui ; de sauver sa

peau.

Le Christ est central dans la faiblesse. Il rejoint alors notre humanité souffrante ; notre

humanité qui pleure ; notre humanité injuste ; notre humanité qui n’hésite pas à clouer

l’amour ; à clouer la vérité ; à clouer la réconciliation.

Et sur la croix, le Christ a cette phrase merveilleuse : « Père, pardonne-leur, car ils ne

savent pas ce qu’ils font ».

Voilà le second point, lié étroitement au plan de Dieu pour l’humanité : le pardon.

Le pardon de Dieu sur nous est une certitude.

Cette semaine, une personne que je suis allée visiter m’a dit : « moi, j’ai une vie tranquille,

je n’ai rien à me faire pardonner par Dieu »…

Merveilleux ! Si la vraie vie consiste à faire son petit bout de chemin perso du mieux

possible, c’est-à-dire sans embêter les autres, alors, oui, la notion de pardon n’a pas

grand-chose à apporter. Mais ce que Dieu attend pour l’humanité, est-ce vraiment cela ?

En étroite association avec cette phrase « Père, pardonne-leur », il y a deux fois le terme

«ils se moquaient ».

Se moquer, s’en moquer, dans notre langage courant, c’est ne pas avoir d’opinion sur

une situation : « tu veux des pâtes ou du riz ? » ; je m’en moque…ça m’est égal…

Se moquer pourtant, dans la Bible, c’est une attitude totalement négative.

Dans le psaume 1, qui est l’introduction à tous les psaumes, un verset dit : » Heureux

celui qui ne s’assied pas sur le banc des moqueurs ».

Les moqueurs, dans la bible, ce sont ceux qui font les mauvais choix ; ceux qui

choisissent le chemin du mal ; la voie de la mort.

Alors, ce pardon demandé à Dieu par Jésus, il nous concerne tous.

Parce qu’on comprend là que la vie ne consiste pas à faire sa petite vie, individuellement,

sans faire de mal à personne, mais sans non plus s’en préoccuper.

La vraie vie consiste à faire des choix. Des choix de vie ; et non de mort. Choisir de ne

s’occuper que de sa petite personne, c’est un choix mortifère…Parce que je m’en moque,

des autres !!!

Et à tous ceux qui s’en moquent, à tous ceux qui passent leur chemin, à tous ceux qui ne

se sentent pas concernés par toutes ces croix qui barrent le chemin d’une humanité

appelée à être relevée, oui, il y a besoin de ce pardon de Dieu, ce don au dessus de tous

les dons.

Demander le pardon, attendre le pardon de Dieu, c’est se mettre, se remettre en marche,

même après le pire commis.

Demander le pardon de Dieu, c’est être conscient de ces ruptures qui non seulement

empoisonnent nos propres vies, mais encore les rendent stériles.

De tous temps, depuis le mythe fondateur de la création, le choix pour l’Homme est de

vivre avec Dieu…ou sans Dieu.

Que ce soit à la tentation au désert, ou à la croix, on dit à Jésus : « sauve-toi toi même ».

La grande tentation pour chacun d’entre nous est aussi de vivre sans Dieu au coeur de

notre vie et de ne compter que sur nous-mêmes. Et de croire qu'on peut se sauver par

soi-même.

« Sauve-toi toi-même ».

Après le pardon de Dieu, après cette intercession du Christ pour l’humanité qui fait que

Dieu pardonne, que Dieu nous pardonne, il y a cette notion de salut. Le mot de

«sauver » revient dans le texte.

Le salut de Dieu pour l'humanité est une certitude.

Peut-on se sauver soi-même ? Bien de nos contemporains le croient. Parfois même en

église, quand on ne prie plus, quand on ne cherche plus à savoir quelle est la volonté de

Dieu, on risque bien de croire qu'on doit sauver...les meubles soi-même!!

Et pourtant, ce salut, cette vie à jamais ne peut venir que de Dieu.

En nous aimant jusqu’à nous pardonner le comble de l’horreur, la croix, Dieu en Jésus-

Christ nous offre les portes de son salut. « Celui qui croit en moi a la vie éternelle ».

Ce brigand qui reconnaît que Jésus est juste, oui, celui qui reconnaît que cet homme est

le Christ, malgré ce qu’il a fait, et dont on ne sait rien, et dont le poids de sa faute

ressemble à toutes nos erreurs, tous nos manquements, tous nos loupés et tous nos

gestes qui meurtrissent ; oui, ce condamné qui reconnaît en Jésus le fils de Dieu est

assuré à l’instant de vivre de cette restauration qu’offre le Christ.

IL est assuré de vivre du paradis ; de l’Eden qu’a perdu la première humanité en croyant

pouvoir se passer de Dieu et vivre selon ses propres lois en sachant exactement ce qui

est bon et ce qui est mal.

Que fait donc cet homme pour mériter une si belle sentence ? Est-ce juste parce qu’il est

compagnon d’infortune du Christ ? Non. Il ne l’a mérite pas. Aucun d’entre nous par

nos propres vies et actions ne « mérite » le Royaume de Dieu.

« Celui qui croit en moi A la vie éternelle » a dit le Christ.

La réconciliation entre Dieu et l’humanité est désormais scellée en Jésus-Christ, ; Dieu

fait homme a fait le pont.

Alors, que nous offre donc ce texte ?

Tout d’abord, avant d’entrer dans la période de l’avent, il nous rappelle que l’incarnation

n’est pas qu’une jolie histoire de bébé rose né dans la doucette paille. Dieu qui prend

chair par Jésus, c’est Dieu qui nous rejoint dans notre fragilité et jusque dans notre

finitude. C’est Dieu dans notre chair qui a froid, qui a faim, qui est trompé et trahi, qui

est seul, qui n’a rien, et qui subit l’injure, les crachats et la mise à mort. On ne peut plus

dire : « si Dieu avait encore son mot à dire, il ne laisserait pas faire ceci ou cela » ; ceci et

cela, il est venu, humain, le partager, le vivre avec nous ; nous rencontrer sur notre

terrain, et se confronter à ce que nous sommes de plus infâme aussi. Il y a donc ce Dieu

qui nous rejoint dans la faiblesse ; dans notre souffrance ; et qui sait ce que nous vivons ;

et qui comprend si bien lorsque nous même traversons l’horreur, comme la mort d'un

enfant.

Voilà donc ce Dieu « Emmanuel », Dieu avec nous. Ce même Dieu qui nous rejoint

aujourd’hui encore dans notre quotidien, dans nos projets, dans nos communautés, dans

nos questionnements, dans nos déceptions, dans tout ce que nous sommes.

Ensuite, dans cet acte de Dieu qui nous rejoint, il y a le pardon ; le pardon apposé sur

chaque vie ; ce don qui ne nous laisse pas cloués nous-mêmes à nos erreurs, à nos actes

et nos non-actes; le pardon qui, quelle que soit nos vies et leurs regrets, nous relève pour

faire toutes choses nouvelles, et ne plus ressasser le passé qui peut être paralysant. Il

nous remet debout pour ne plus être sur le banc des moqueurs mais dans l’action

porteuse de sens et de vie.

Enfin, il y a ce salut offert. Non, nous ne pouvons pas nous sauver nous mêmes, même

si c’est une grande tentation. Dieu par le Christ nous offre de vivre dès aujourd’hui de

cette vie à jamais, offre pour toutes celles et tous ceux qui, « tout simplement », croient

en Lui.

Alors, avant Noël, je peux dire que ce texte nous libère de nos croix, de nos fardeaux, de

nos déceptions, de nos espérances déçues, de nos manques d’amour aussi et de nos

paralysies ; Il nous relève en nous annonçant le pardon de Dieu sur nos vies, sur tous les

domaines de notre vie ; sur nos Eglises ; sur nos infidélités. Il nous rassure aussi en nous

montrant si besoin était que Dieu a toujours un projet pour l’humanité, celui de mener

cette humanité à bon port !

Enfin, ce texte nous redit à quel point Dieu nous aimant nous offre le salut.

Forts de cette bonne nouvelle, de cette unique nouvelle, celle d’un Dieu qui se laisse

humilier pour nous sauver, c’est à chacun d’entre nous de réfléchir à la manière de

s’emparer, de se réapproprier cette nouvelle : soit en la prenant comme une jolie mais

vieillotte histoire qui n'a plus guère son mot à dire ; soit en l’acceptant avec

enthousiasme, comme un cadeau unique qui donne sens à nos vies et nos engagements,

puisant en Dieu à la fois cette faiblesse qui nous rencontre et cette force de la

résurrection.

Cette croix avant Noël, c'est vraiment pour chacun de nous qui allons repartir, repartir

dans sa ville, son village, dans sa communauté, au sein de son conseil presbytéral, la

réassurance de la Bonne Nouvelle de Dieu qui nous accompagne, de A à Z; dans nos

joies comme dans nos peines; dans nos projets aboutis comme dans nos capotages, et

qui nous précède sur chacune de nos routes.

Et voici ce texte de Paul qu'aucun de nous ne doit jamais, jamais oublier: « Oui, j'ai la

certitude que rien ne peut nous séparer de son amour: ni la mort, ni la vie, ni les anges,

ni d'autres autorités ou puissances célestes, ni le présent, ni l'avenir, ni les forces d'en

haut, ni celles d'en bas, ni aucune chose créée, rien ne pourra jamais nous séparer de

l'amour que Dieu nous a manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur ».

Amen.

Nathalie Paquereau.

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