Prédications Protestantes dans les Alpes du sud 

Dimanche 17 janvier 2021

Culte à Gap (05000)

Lecture :

Luc 4, 38-41

L’Évangile et le vaccin

Est-ce que vous connaissez cette blague :

« Vous savez pourquoi Pierre renie par 3 fois Jésus ? Parce qu'il lui a guéri sa belle-mère. »

Une autre blague raconte que si tout le monde demande à Jésus qu'il guérisse la belle-mère de Pierre c'est pour qu'elle se mette au travail et qu'elle serve enfin tout le monde.

Plus sérieusement, la fièvre de cette femme doit nous intéresser à plus d'un titre. Il s'agit en effet de la seule guérison liée directement à une infection. Les autres pathologies soignées par Jésus dans les évangiles sont des infirmités (surdité, mutisme, cécité, paralysé, etc.). Ici les symptômes sont clairement infectieux. La pauvre femme est littéralement en grec « liée, comprimée » par une « grande fièvre ».

La fièvre est pourtant une merveille de la nature. La fièvre est le fruit de milliards d'années d'évolution du vivant. La fièvre permet en effet à l'organisme d'un animal ou d'un être humain de lutter tout seul contre une attaque bactérienne où virale. La fièvre est un phénomène très sophistiqué mais pour faire simple, c'est le cerveau qui augmente le thermostat de la chaudière pour tuer par la chaleur les intrus qui n'ont pas pu être neutralisés par les premières défenses immunitaires.

La fièvre est donc le signe que l'organisme lutte contre un mal. Vous allez me dire, « bon, et alors ? »

Eh bien, ce qui est surprenant, à mes yeux, c'est que Jésus fait tomber la fièvre, mais il ne guérit pas la pauvre femme de sa maladie. Il fait tomber la fièvre mais ne fait pas tomber les causes de la fièvre. Si Jésus était médecin, il serait le pire de la terre, il mériterait d'être radié de l'ordre. Parce qu’à faire tomber la fièvre, on ne guérit pas pour autant le mal. Au contraire, on l’aggrave parce qu’on éteint ce qui est la dernière défense de l’organisme.  

Alors, pourquoi Jésus ne s'en prend-il pas à l'infection de cette pauvre femme plutôt que de s'en prendre à sa fièvre, qui est un symptôme, une lutte pour le bien, mais qui n'est pas le mal qui oppressent cette femme.

C'est très différent des autres signes que Jésus produit par ailleurs : quand Jésus guérit de la lèpre, de la paralysie, d'hydropisie, de la cécité, il agit à la source du mal. Là ce n'est pas le cas. Jésus s'en prend aux symptômes sans rien régler en définitive. Quelle est donc la portée symbolique et théologique de cette guérison ? Et qu'est-ce que cette guérison nous donne à comprendre de l'action thérapeutique de Jésus ? Et enfin qu'est-ce que cela peut nous donner à comprendre pour nous aujourd’hui en ces premiers jours de 2021 ?

1. La portée symbolique : vous l'avez entendu, Jésus « rabroue, menace » (v.39) la fièvre comme il rabroue juste avant au verset 35 un démon, et comme il en rabroue encore deux autres au verset 41. Mais Jésus rabroue aussi un peu plus loin au chapitre 8 la tempête. Il rabroue aussi à plusieurs reprises ses disciples qui ne comprennent rien et veulent dépasser le maître. Mais Jésus ne rabroue pas la lèpre, il ne rabroue pas la paralysie, il ne rabroue pas la cécité.

Quand Jésus « rabroue, menace », c'est toujours quand la vie atteint un paroxysme et agit en excès ; lorsque la vie se transforme en l'inverse de ce qu'elle est.

J’illustre mes propos : la fièvre est bénéfique. En homéopathie, on la laisse même travailler et on l’accompagne. Mais une fièvre excessive peut entraîner des lésions irrémédiables voire même la mort.

Les vents et les courants marins sont nécessaires à la vie sur notre planète. Ils permettent les changements des saisons (Gulf Stream), génèrent l’atmosphère et équilibre des espèces. Mais un excès de vents et de courants déchaînent les mers et les rendent hostiles à la vie et dérèglent les écosystèmes.

Les paroles, enfin, peuvent sauver comme détruire quelqu'un. Une phrase, un discours peuvent tout autant transformer une vie pour le meilleur comme galvaniser des foules pour le pire. C'est la parole qui peut guérir chacun de nous, mais c'est elle aussi qui peut donner naissance aux pires dictatures.

Ainsi, en rabrouant la forte fièvre, Jésus agit contre la vie qui s'emballe, qui s'affole. Le texte suggère que l’Évangile peut se faire parole violente, parole hostile, parole ennemie, un moment où nos vies - croyant combattre et vaincre - s'épuisent et se détruisent dans un processus néfaste.

En rabrouant, en menaçant la forte fièvre, Jésus inocule une « menace » dans le corps de cette femme afin de la sauver. Comment appelle-t-on le mal que l'on injecte dans le corps de quelqu'un pour faire réagir son organisme pour son bien ? Un vaccin.

Oui, sœurs et frères, ce n'est pas Koch et Pasteur qui ont inventé le vaccin. C'est l'Évangile !

2. L’action thérapeutique de Jésus : combien de fois dans nos vies, nous nous entêtons, nous nous acharnons, nous nous obsédons à une tâche ou un principe au nom de notre salut ou de notre bien-être ? Combien de fois, refusons-nous l’aide d’amis que nous trouvons trop mesurés, trop sages, trop timorés ? Combien de fois ne t'es-tu pas retrouvé seul à lutter contre ton mal que tu voulais vaincre tout seul, à tout prix, même au prix de ta propre vie, en t’épuisant comme un bélier qui veut enfoncer une porte blindée ?

Nous pouvons être si fébriles quand nous ressentons une hostilité, que nous pouvons perdre les pédales à force de vouloir défendre notre cause.

Nous pouvons être si effervescents face à une menace, un danger que nous pouvons être alors excessifs et virulents au risque de le regretter après coup.

L'Évangile est cette parole qui menace et qui rabroue nos colères et nos violences lorsqu'elles nous font du mal, lorsqu'elles nous détruisent et lorsqu’elles nous rendent incapables de servir les autres, de servir l’Évangile et les autres.

La fièvre de la justice, la fièvre de la vérité, la fièvre de l'honneur, la fièvre de la reconnaissance, la fièvre de la réputation, la fièvre de la moralité sont souvent pires que le mal lui-même. Parfois il faut savoir supporter la honte, le mépris, l'indifférence, l'ingratitude, sans enfiévrer notre intelligence à un combat qui n’en vaut pas la peine.

Comme cette forte fièvre qui risque d'emporter cette femme, alors que l'infection n'est peut-être pas si grave. La parole de Dieu agit ainsi comme un vaccin : elle nous donne de comprendre ce matin que notre immunité est d'abord spirituelle. Quelle est donc cette fièvre qui te tient prisonnier ce matin ? Quelle est donc cette lutte en toi-même qui t'empêche de vivre et de servir Dieu et ses enfants ? Quelle est donc cette défense immunitaire que tu crois bénéfique alors qu'elle te tue à petit feu ?

3. L’actualité de ce texte pour nous :

Ainsi, l‘Évangile peut être un mal pour un bien. L’Évangile nous vaccine contre les fausses sagesses qui laissent à croire que nous pouvons nous sauver par nous-mêmes, en déclenchant des fièvres pour se débarrasser des maladies… que l’on se fait tout seul : ne dit-on pas : « tu en fais toute une maladie ! »

L'Évangile nous vaccine contre l’illusion que tous les combats se valent et que les revanches sur le passé peuvent guérir nos traumatismes.

L’Évangile nous vaccine contre l'orgueil qui postulent que vouloir c'est pouvoir et que renoncer et une humiliation.

L'Évangile nous vaccine contre les paroles qui échauffent les esprits au lieu de réchauffer les cœurs.

L’Évangile nous vaccine contre cette maladie plus dangereuse que le COVID-19, plus contagieuse que tous ses variants : la désespérance.

La désespérance, c'est croire que l'on peut s'en sortir tout seul, avec son petit système immunitaire, avec ses propres défenses, avec sa propre volonté, avec ses propres paroles.

À l'heure ou la fièvre du monde se saisit de nous, avec ces frissons de nostalgie et les spasmes de la peur, l’Évangile nous menace, l'Évangile nous rabroue, l'Évangile nous engueule. Ainsi parle le Christ ce matin, ici, pour nous, pour toi : « relis ta Bible, relis l'histoire, relis ta vie. Car si tu es là ce matin, ce n'est pas que grâce à toi. De combien de fièvres ne t'ai-je pas guéri. Combien de fièvres n'ai-je pas fait tomber. Le mal a-t-il déjà eu le dernier mot ? Alors quitte ta fièvre, quitte ton infection et reviens à la vie, reviens à la raison, reviens à l'espérance. »

Car c’est de la mort que le Christ sauve cette femme (anastasia, v.39). C’est de la mort que le Christ nous sauve ce matin.

Alors, quand vous irez vous faire vacciner, vous pourrez dire à la personne qui vous pique : « je suis déjà vacciné contre la mort, et je fais mon rappel tous les dimanches. »

Amen !

Pr Arnaud Van Den Wiele

Confession de foi

Je crois en Dieu.

Ce n’est pas toujours facile, car il est si lointain, si grand, si tout puissant, que je me sens toute petite, un microbe, un être insignifiant que je me demande pourquoi Dieu a créé l’humain.

Et puis, il y a Jésus et je crois en ce Jésus. Il est né parmi nous, petit humain qui a été tout pareil que nous. Il était tellement humain qu’au moment de sa naissance personne ne souhaitait l’accueillir. Et quand il a voulu finir le travail pour lequel il était né, ça s’est très mal passé et il a été tué.

Oui, je crois que Jésus-Christ me ressemble, lui aussi petit microbe dans tout cet univers… et pourtant, c’est lui qui me rend Dieu si proche, si juste, si vrai, si aimant.

Et je crois en l’Esprit de Dieu qui descend sur nous et nous donne son inspiration, sa respiration jour après jour. Et je souhaiterais lui faire encore plus de place dans mon cœur ! Amen

0