Prédications Protestantes dans les Alpes du sud 

DIMANCHE 22 JANVIER 2012

Culte à Gap (05000)

Lectures du Jour :

Lévitique 7, 1-21

Marc 1, 14-20

1 Corinthiens 7, 29-31 (Voir méditation du 28 Janvier 2018)

Changez de comportement !

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Il est bon que nous soyons parfois ramenés à l’essentiel par un texte d’évangile simple et dense, dont tous les mots sont pesés, comme c’est le cas ici, dans ce résumé de la prédication de Jésus.

Marc vient d’évoquer très sobrement le baptême de Jésus, la venue de l’Esprit sur lui et-son séjour au désert ou il-est éprouvé par Satan. Avec notre texte il montre le début de son activité.

L’annonce de la Bonne Nouvelle va prendre corps concrètement dans des récits qui ont l’allure d’oracles prophétiques et des guérisons et des exorcismes, avec l’enseignement de Jésus dans les synagogues ou au bord du lac, son succès populaire et ses premières altercations avec les Pharisiens, mais pour que d'entrée de jeu le lecteur saisisse bien la signification essentielle de tous ces actes, il commence par condenser le-message dans ces deux versets-fondamentaux où chaque mot fait sens (1).

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Soyons d'abord attentifs à la mention du cadre temporel et local de cette proclamation. Ce n'est qu'après l'arrestation de Jean-Baptiste que Jésus commence son ministère : Marc veut suggérer ainsi la continuité qui relie les deux messagers de Dieu (continuité et contraste, dont nous reparlerons). Et c'est en Galilée que commence l'aventure évangélique. Marc sous-entend-ce que Matthieu explicitera en rappelant la prophétie d’Ésaïe où c'est la Galilée, territoire des nations, qui voit se lever la lumière du salut : La Galilée, c'était un lieu de passage obligé, pour les armées étrangères comme pour les commerçants, et donc une vieille terre de brassage entre Juifs et païens. Cette indication, au début de l'évangile, sera relayée dans ses dernières lignes par le message des anges qui donne aux disciples rendez-vous en Galilée pour y rencontrer le Ressuscité et relancer l'annonce de l'Évangile, un Évangile qui concerne toutes les nations. Nous sommes discrètement invités dès le début à percevoir cette universalité du message de Jésus, que connaissent bien les lecteurs de Marc, des chrétiens d'origine païenne.

Dans cette Galilée des nations, Jésus proclame l'évangile de Dieu, ce qui veut dire l'heureux message, la bonne nouvelle qu'il faut accueillir avant toute autre chose. Le mot est repris de la version grecque du livre d’Ésaïe, où il qualifiait l'annonce par le prophète du retour de l'exil, l'heureux message du retour en grâce d'Israël après un temps de servitude et d'humiliation.

La bonne nouvelle, c'est que Dieu lui-même va venir libérer son peuple et établir son règne sur le monde. Une annonce de bonheur ! Lorsque Jean-Baptiste appelait le peuple à venir se faire baptiser en vue du pardon des péchés, son appel était plutôt dans le ton des prophètes de malheur : il annonçait le jugement imminent et appelait à craindre "la colère à venir". Quand Jésus reprend le même appel à la conversion, c'est dans une tout autre tonalité. La dominante de son message est l'annonce de la bonne nouvelle: c'est elle qui encadre ici le résumé de la proclamation initiale de Jésus.

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Entre ces deux mentions de l'évangile, le contenu en est précisé par une double formule lapidaire: le temps est accompli, et le règne de Dieu s'est approché ! Israël, sous une occupation étrangère très dure, était plein d’une attente exacerbée d'une libération qui ne pouvait venir que de Dieu. Jésus atteste à son peuple que le temps est arrivé où vont s'accomplir les promesses de ses prophètes, le temps d'une intervention décisive du Seigneur. Il affirme tout simplement que dans sa personne et sa mission, Dieu sera personnellement à l'œuvre, qu'il va se révéler à nouveau comme le libérateur de son peuple. Cependant, Jésus déclare avec une nuance qu'il faut soigneusement respecter: le règne de Dieu s'est approché. Ce qui veut dire qu'il n'est pas encore manifesté dans sa plénitude. Bien des paraboles auront pour but d'éclairer ce mystère du "Royaume": en un sens, il est déjà présent, dans la personne de Jésus, le semeur, et pourtant il est encore à venir, comme la moisson. Je ne développe pas ce point, qui n'est que suggéré dans l'expression "le règne de Dieu s'est approché".

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Ce que je veux retenir finalement pour notre méditation, c'est l'articulation posée par notre texte entre la proclamation de la bonne nouvelle et l'appel à la conversion. Il faut rappeler d'abord que le verbe employé était naguère traduit par repentez-vous et le plus souvent aujourd'hui par convertissez-vous. C'est un progrès, car dans notre langue, le repentir évoque plutôt la contrition pour le passé, alors que la conversion tourne vers l’avenir. Consciente des malentendus possibles, la version en français courant traduit plus exactement changez de comportement. En réalité, le sens littéral est changez de mentalité. On rendrait assez fidèlement le sens en termes modernes en disant; changez votre système de valeurs. Car c'est notre regard sur le monde, notre compréhension de la vie, notre rapport à Dieu et aux autres qui se transforme radicalement lorsque nous recevons et acceptons l'évangile de Dieu.

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Dans la pensée de Jésus, corrigeant Jean-Baptiste, on ne revient pas à Dieu par peur du châtiment, mais en découvrant son amour (l'amour du Père qui attend passionnément le retour du fils prodigue). C'est dans la reconnaissance pour son accueil immérité envers nous qui l'avons déçu, que peut naître dans nos cœurs le désir de répondre à son amour, et de l'imiter dans notre relation au prochain. Un changement dans l'inspiration profonde de notre vie, qui ne serait plus dominée par l'intérêt égoïste, la vanité (même celle de nos bonnes œuvres:), la course au profit ou aux premières places, mais par une attention bienveillante à notre prochain, un respect de sa dignité, une générosité gratuite à l'image celle que Jésus a toujours manifestée dans son approche des autres.

Pour être fidèle au mouvement de notre texte, il ne faut pas considérer deux réponses successives, la conversion puis la foi en l'évangile, mais bien comprendre que croire à la bonne nouvelle et changer de vie, c'est un tout. Plus exactement, il faut entendre à la fois: changez de mentalité, à savoir croyez en l'évangile, et changez de comportement, du fait que vous avez reçu cette bonne nouvelle. Si je lis les Évangiles (en tant que tradition sur Jésus), je suis frappé par sa vie entièrement pour les autres, par cet amour qui va jusqu'à donner sa vie. C'est en le contemplant que je prends conscience de mon égoïsme, de mon manque d'amour et de ma vanité, que je suis repris au fond de moi-même et que je désire changer. Paul avait bien compris cela lorsqu'il écrit aux Romains: " méprises-tu la richesse de sa bonté, de sa patience et de sa générosité, sans reconnaître que la bonté de Dieu te pousse à la conversion ?" (Ou changement de mentalité, c'est toujours le même terme). Il faut regretter que trop souvent, au cours de l'histoire chrétienne, on ait oublié cette vérité profondément évangélique, et régressé de Jésus à Jean-Baptiste ! Tant d'évangélistes et de prédicateurs ont cru qu'il fallait menacer les pécheurs de l'enfer pour les amener à se repentir, au lieu d'annoncer toujours prioritairement la bonne nouvelle, et la laisser porter ses fruits. Aujourd'hui encore, avec tout son amour, Jésus nous dit: croyez à la bonne nouvelle !

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Dans ce monde tout bruissant du vacarme de mauvaises nouvelles, elle est ce qui nous donne le courage de vivre. Que l’Évangile nous accompagne chaque jour de notre vie,

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Amen !

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Pr Charles L’Eplattenier

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(1) : Marc 1, 14-15 : Après que Jean eut été livré, Jésus alla dans la Galilée, prêchant l’Évangile de Dieu. Il disait: Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle.