Prédications Protestantes dans les Alpes du sud 

DIMANCHE 12 septembre 2021

Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Ésaïe 35, 4-7

Marc 8. 27-30

Jacques 2, 14-18

Black-Out

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Il les rabroua pour qu’ils ne disent rien à personne à son sujet. Autrement dit : « silence absolu ».

Jésus n’y va pas de main morte. On peut traduire « Il leur commanda impérieusement de ne rien dire ». Mais pourquoi tant de sévérité alors que, quelques versets plus haut, Il semblait s’intéresser au commun des mortels, aux non-initiés, aux « gens ».

Je tenterai en trois points de comprendre pourquoi une telle remontrance.

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Le premier : que pouvaient penser et dire les contemporains de Jésus à son sujet ?

Le deuxième : que dit Pierre de si différent ?

Le troisième peut être une réponse à cette injonction.

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Replaçons cette histoire dans son contexte géopolitique : Jésus et les disciples cheminent vers Jérusalem ; ils sont à Césarée de Philippe dont le nom fait référence à César ( la puissance politique et militaire) et Philippe ( ici, le frère d’Hérode farouchement contre ce Jésus qui prêche contre l’ordre établi).

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I. C’est une ville située tout en haut de l’actuel territoire d’Israël et au bord de la Mer de Galilée. Entourée de montagnes, elle est aux sources du Jourdain, dans une plaine fertile qui en fait une ville riche ; de nombreux temples grecs puis romains y furent élevés, c’était donc une ville païenne.

Pour les gens de cette contrée, juifs et non juifs, qui peut être Jésus ? Un héros religieux de son peuple qui se situe dans la lignée de Jean-Baptiste et Elie, autrement dit, un prophète. Rien que de plus normal pour ces gens qui ne connaissaient Jésus qu’au travers de ce qui leur avait été rapporté et de ce qu’ils avaient compris des Ecritures, avec leur simple intelligence d’humains, leur sensibilité, leurs rêves. En bref, ils se le représentaient comme un sage, un nouveau prophète, un homme riche en actions et en miracles et peut-être un futur roi, glorieux, susceptible d’apporter la victoire à son peuple. Ils attendaient quelqu’un de semblable à eux, doté d’un pouvoir divin qui le placerait au-dessus de tous les rois, de tous les dieux : illusion d’être comme Dieu, d’être Dieu.

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II. Les docteurs de la Loi les premiers attendaient de Dieu qu’Il exalte et authentifie les propos et les actes de Jésus. Et voilà que Pierre apporte à la question de Jésus une réponse totalement saisissante « tu es le Christ ». PLOUM !!

Je pense que les disciples ne s’attendaient pas à une telle réponse et peut-être que Pierre lui-même non plus…

Marc est un évangéliste qui ne fait pas dans les fioritures ; il est direct et concis : cette réponse spontanée s’en trouve renforcée.

« Tu es le Christ » : il n’y a là aucun rapport avec « tu es un héros religieux » car ici il est dit tu viens d’en haut. Quand ces mots sont prononcés, c’est le miracle de la foi qui s’accomplit. Matthieu rapporte au chapitre 16 verset 17 « Ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais c’est mon Père qui est dans les cieux ». Cela vient d’en haut et non plus des hommes. Christ, c’est celui qui fait descendre Dieu vers les hommes, et qui le leur révèle sous son vrai visage, celui du crucifié. Pierre ne réalise peut-être pas toute l’importance et la nouveauté de sa réponse. Il se place ou plutôt il est placé par Dieu dans une verticalité qui n’a rien à voir avec l’horizontalité du genre humain. Cette parole insufflée par Dieu dans la bouche de Pierre n’a rien à voir avec les préoccupations et les représentations des hommes de son époque. En disant « tu es le Christ », le disciple se place devant Dieu seul, il croit. La foi seule nous permet d’accueillir cette révélation, de saisir qui est Jésus.

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III. Nous arrivons au point III, tentative de réponse à cet ordre que Jésus donne de façon peu délicate aux disciples : « vous ne direz rien ». Jésus était-il un sage, un prophète, un homme riche en actions et en miracles ? Oui, sans aucun doute. Etait-il un héros religieux de son peuple, un glorieux et puissant Dieu ? Non. C’était un nazaréen (rien ne pouvait venir de bon de cette contrée) ; il était sans foyer, juif se déplaçant de village en village, loin de la terre promise. Plus ou moins bien accueilli au fil de ses errances, il a pu même être rejeté comme un misérable. Obéissait-il en bon juif à la Loi du sanhédrin ? Non, il fréquentait prostituées, étrangers, non juifs, puissants et riches oppresseurs romains, infréquentables parias aux yeux de ses contemporains. Alors, dans un pareil contexte, la multitude, les gens, auraient-ils été prêts à entendre autre chose que la promesse d’une gloire terrestre pour ce messie et par là-même, pour eux ? Non, Jésus le sait. Même Pierre n’est qu’au début de sa découverte.

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Jésus, lui, sait qu’il sera un messie souffrant ; il est en route vers Jérusalem pour y mourir et non pour gagner ou perdre contre le peuple, ses juges et Ponce Pilate. Il ne cherchera pas à échapper à la haine de ses ennemis. Cette mort qu’il accepte, sa mort, sera une catastrophe, une défaite, la ruine de tous les espoirs le plus fous des « gens » qui attendaient son ascension humaine. Aucun ne sait encore que le sens profond de sa venue sur terre se trouvera dans sa mort et sa résurrection. C’est la raison pour laquelle il ordonne le silence à ses disciples. Il sait que « les gens » ne sont pas prêts à comprendre qu’il n’est pas comme ils se le représentent et que c’est la mort sur une croix qui va consacrer son règne. Il connait l’angoisse, la détresse et l’effroi que cela va provoquer chez son peuple. Il préserve et protège aussi ses disciples d’une mort qu’ils pourraient eux aussi connaitre à parler trop vite.

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Bien sûr, l’ordre donné par Jésus à ses disciples de se taire nous déçoit, il faut bien le dire ; nous partagions avec Pierre l’émerveillement de la nouvelle et voilà qu’il est interdit d’en parler. Jésus nous interdirait-il encore de parler aujourd’hui ? Non, car il est ressuscité et nous avons appris depuis à témoigner de notre foi en ce Christ, « celui qui fait descendre Dieu vers les hommes, (nous, vous, moi) et le leur révèle ».

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Ce Christ seul peut nous aider à dépasser la souffrance de la Croix lorsque nous nous disons avec Coline 8 ans :

« Jésus, c’était un Monsieur qui existait avant. Il voulait qu’il n’y ait plus de riches ni de pauvres, que l’on partage les richesses. Alors on l’a pendu sur une croix. Il avait raison, Jésus ; il ne fallait pas le pendre. Mais ça n’a rien changé, il y a toujours des riches et des pauvres, il a été pendu pour rien. »

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Amen !

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Isabelle Chabas

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